Le Mali traverse une crise sécuritaire sans précédent après une offensive majeure lancée samedi 25 avril par des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) et des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda. Ces groupes ont mené des attaques simultanées dans sept villes maliennes, dont Bamako, Kati, Konna, Mopti, Sévaré, Gao et Kidal, marquant un tournant dans le conflit.
Kidal, bastion stratégique dans le nord-ouest du pays, est tombée entièrement sous le contrôle des insurgés. Les assaillants ont employé des tactiques variées : véhicules piégés, drones kamikazes, engins explosifs improvisés et attaques directes contre des infrastructures militaires et civiles. Les premières attaques ont débuté à l’aube, ciblant notamment la résidence présidentielle, le ministère de la Défense et l’aéroport international Modibo Keita à Bamako, ainsi que des positions militaires à Kati, Gao, Kidal et Sévaré.
Réaction des autorités et bilan humain
Le gouvernement de transition a qualifié les attaques de « complexes et coordonnées », rapportant 16 blessés parmi les civils et les militaires. Un couvre-feu de 72 heures a été instauré à Bamako dès samedi soir, tandis que l’aéroport international est resté fermé dimanche. Le général Oumar Diarra a affirmé que la riposte des Forces armées maliennes (FAMA) avait permis de neutraliser plus de 200 combattants ennemis, tout en précisant que des opérations de ratissage se poursuivent dans plusieurs zones.
Parmi les victimes figuraient Sadio Camara, ministre de la Défense, tué lors d’un attentat-suicide à Kati, près de Bamako. Sa résidence a été la cible d’une voiture piégée, entraînant également la mort de deux de ses épouses, de ses enfants et de plusieurs civils. Le général Assimi Goïta, président de la junte militaire, a été évacué vers une zone sécurisée. Modibo Koné, chef de l’Agence nationale de sûreté de l’État, a également été blessé lors des affrontements.
Rôle controversé des forces russes
Le Corps d’armée russe pour l’Afrique (Africa Corps), qui opérait aux côtés des FAMA, a annoncé son retrait de Kidal « conformément à la décision conjointe des dirigeants de la République du Mali ». Cette décision fait suite à un accord conclu avec les rebelles touaregs pour garantir leur départ en toute sécurité. Cependant, des sources rapportent que les Russes ont joué un rôle clé dans la défense des positions stratégiques, notamment en sécurisant le palais présidentiel et en maintenant le contrôle des aéroports.
Africa Corps affirme avoir déjoué une tentative de coup d’État impliquant le FLA et la branche sahélienne d’Al-Qaïda, avec le soutien présumé de mercenaires ukrainiens et de services de renseignement occidentaux. Selon leurs déclarations, entre 10 000 et 12 000 combattants auraient participé à l’offensive, visant des cibles militaires et administratives majeures. Le groupe revendique la neutralisation de plus de 1 000 djihadistes et la destruction de plus de 100 véhicules, tout en maintenant ses positions sur un front de plus de 2 000 kilomètres.
Coopération tactique entre Touaregs et djihadistes
L’alliance entre les rebelles touaregs et les groupes djihadistes, bien que surprenante, s’inscrit dans une logique de nécessité tactique face à un ennemi commun : la junte militaire de Bamako et ses alliés russes. Le Front de libération de l’Azawad (FLA), issu de la fusion de plusieurs groupes, a officiellement annoncé son retrait des accords d’Alger de 2015, marquant la fin d’une trêve fragile. Cette alliance a été renforcée par des besoins opérationnels communs, notamment après le retrait de la MINUSMA en 2023 et la reprise des hostilités par l’armée malienne dans le nord.
Des analystes évoquent une coordination tactique entre les groupes, avec des tactiques apprises des services de renseignement ukrainiens, notamment l’utilisation de drones kamikazes et de véhicules gonflables. Le Mali a rompu ses relations diplomatiques avec l’Ukraine, accusant Kiev de soutenir des groupes classés comme terroristes. Cependant, l’Ukraine dément toute implication directe.
Conséquences politiques et perspectives
La mort de Sadio Camara, figure clé de la junte et artisan du rapprochement avec Moscou, représente une perte majeure pour le régime. Son décès pourrait redéfinir l’équilibre des pouvoirs au sein de la transition malienne et fragiliser davantage la junte face à une opposition unie et déterminée.
Les prochains jours seront cruciaux pour évaluer la capacité des autorités maliennes à rétablir l’ordre, alors que la coalition insurgée étend son influence et que les tensions régionales s’intensifient. La situation au Mali reste donc sous haute surveillance, avec des répercussions potentielles sur la stabilité du Sahel.
