Niger : un an après le coup d’État, l’effondrement des droits humains
Niger : l’année noire des droits humains après le coup d’État militaire
Un an après le coup d’État militaire au Niger, les autorités de la junte répriment systématiquement l’opposition, les médias et toute forme de dissidence pacifique. Selon les organisations de défense des droits humains, au moins 30 responsables du gouvernement renversé, dont l’ancien président Mohamed Bazoum, ont été arbitrairement arrêtés. Human Rights Watch, Amnesty International et la FIDH dénoncent une détérioration alarmante des libertés fondamentales.
Une répression politique généralisée
Les autorités nigériennes maintiennent en détention l’ancien président Mohamed Bazoum, sa famille et plusieurs membres de son gouvernement sans respecter les garanties d’un procès équitable. Mohamed Bazoum a été inculpé pour « haute trahison » en août 2023, mais aucune date de procès n’a été fixée. En décembre 2023, la Cour de justice de la CEDEAO a ordonné sa libération immédiate, décision ignorée par les autorités locales. En juin 2024, l’immunité présidentielle de Bazoum a été levée dans des conditions jugées non conformes aux normes internationales.
Les organisations de défense des droits humains exigent la libération immédiate de Mohamed Bazoum et de tous les détenus politiques. « Les autorités militaires accentuent la pression sur l’opposition et musèlent toute voix dissidente », déclare Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.
Des arrestations arbitraires et des procès inéquitables
Depuis juillet 2023, au moins 30 responsables du gouvernement déchu ont été arrêtés, dont d’anciens ministres et des proches de l’ancien président. Détenus au secret par les services de renseignement, plusieurs d’entre eux ont été transférés dans des prisons de haute sécurité sans accès à un avocat. Quatre d’entre eux ont été libérés sous caution en avril 2024, mais les autres font face à des accusations d’« atteinte à la sûreté de l’État », malgré leur statut de civils.
Une liberté de la presse en péril
La liberté de la presse au Niger a subi un recul sans précédent depuis le coup d’État. Les journalistes sont victimes d’arrestations arbitraires, de menaces et d’intimidations. Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée en septembre 2023 avant d’être inculpée pour « production et diffusion de données susceptibles de troubler l’ordre public ». Elle a été libérée sous caution en attendant son procès, toujours non fixé.
D’autres professionnels des médias ont subi le même sort :
- Ousmane Toudou, ancien conseiller en communication de Mohamed Bazoum, a été arrêté en avril 2024 pour « complot contre la sûreté de l’État » après avoir critiqué la junte sur les réseaux sociaux. Il est toujours en détention provisoire.
- Soumana Maiga, directeur du journal L’Enquêteur, a été arrêté en avril 2024 pour avoir relayé un article sur une présumée présence de systèmes d’écoute russes. Libéré sous caution en juillet 2024, il attend toujours son procès.
- Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en haoussa, a fui le Niger après avoir reçu des menaces de la junte pour ses reportages sur la situation sécuritaire dans la région de Tillabéri.
Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH, dénonce : « Les autorités cherchent à faire taire toute voix critique, y compris celles des journalistes et défenseurs des droits humains. »
Des restrictions des droits humains et une transparence budgétaire en question
En mai 2024, le ministre de la Justice a suspendu toute visite des organisations de défense des droits humains dans les prisons nigériennes, en violation du droit international. Cette mesure s’ajoute à la modification d’une loi sur la cybercriminalité, rétablissant les peines de prison pour diffamation en ligne.
Un autre sujet de préoccupation majeur concerne les dépenses militaires. En mars 2024, le général Abdourahamane Tiani a signé une ordonnance exemptant les dépenses de défense de tout contrôle public, une décision qui favorise l’opacité et la corruption. « La transparence sur les budgets militaires est essentielle pour lutter contre la corruption et garantir le respect des droits humains », souligne Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior à Human Rights Watch.
Un appel à la communauté internationale
Les organisations de défense des droits humains exhortent la junte nigérienne à respecter ses engagements internationaux et à libérer tous les détenus politiques. Elles appellent également la CEDEAO et l’Union africaine à maintenir une pression ferme pour le retour à l’ordre constitutionnel.
Le Niger, signataire de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, s’est engagé à protéger les libertés fondamentales. Pourtant, un an après le coup d’État, ces engagements semblent largement ignorés.