Niger : plongée au cœur du gouffre financier de 418 milliards FCFA entre la SONIDEP et la SORAZ

Niger : plongée au cœur du gouffre financier de 418 milliards FCFA entre la SONIDEP et la SORAZ
Écouter l'article4 min

Derrière le chiffre vertigineux de 418 milliards de francs CFA, se cache un engrenage bien plus complexe qu’il n’y paraît. La dette colossale de la SONIDEP envers la SORAZ ne relève pas d’un simple accident de parcours, mais d’une mécanique implacable où se mêlent blocages institutionnels, contraintes réglementaires et pressions sur les volumes. Décryptage d’une crise qui menace de faire dérailler tout un pan de l’économie nigérienne.

Les racines du mal : comment la dette a atteint des sommets

Longtemps contenue dans une fourchette de 40 à 50 milliards de FCFA, l’ardoise de la Société Nationale des Produits Pétroliers a littéralement explosé pour franchir la barre des 418 milliards. Pour comprendre cette dérive, il faut remonter à la source : un effet ciseau dévastateur entre des recettes qui s’assèchent et des sorties qui, elles, ne faiblissent pas.

Un effet domino des impayés en amont

Tout part d’un cercle vicieux. Plusieurs grands comptes institutionnels et entreprises publiques accumulent eux-mêmes des arriérés envers la SONIDEP. Résultat : un manque de liquidités immédiat qui empêche l’opérateur national d’honorer ses propres factures auprès de la raffinerie de Zinder.

Le carcan de la régulation des prix à la pompe

Autre facteur aggravant : les arbitrages politiques sur les prix homologués et le gel de certains mécanismes de compensation tarifaire. Pris en étau entre des prix de vente plafonnés et des coûts d’approvisionnement qui, eux, suivent le marché, la SONIDEP voit ses marges de manœuvre fondre comme neige au soleil.

La pression des volumes enlevés

Pour répondre à une demande intérieure en essence et gasoil toujours plus forte, les volumes soutirés à la raffinerie de Zinder n’ont cessé de croître. Mais dans le même temps, les reversements effectifs de trésorerie n’ont pas suivi la même cadence. Ce décalage a mécaniquement creusé l’écart entre les quantités livrées et les sommes effectivement payées.

La SORAZ sous tension : quelles conséquences pour la raffinerie ?

La SORAZ, coentreprise stratégique entre l’État du Niger et le géant chinois CNPC, subit de plein fouet le contrecoup de cette créance astronomique. Sans encaissement, difficile de couvrir les charges courantes, d’honorer les paiements aux sous-traitants ou de financer les opérations de maintenance indispensables à la pérennité des installations.

Sur le terrain, les tensions sont déjà palpables : restrictions d’enlèvements, négociations tendues sur les quotas, blocages intermittents à la sortie de la raffinerie. Autant de perturbations qui se répercutent directement sur les stations-service, avec des files d’attente à la pompe et des risques de ruptures d’approvisionnement.

Quelles solutions pour sortir de l’impasse ?

Conscientes du risque de paralysie totale du secteur pétrolier, les autorités de transition et les directions des deux sociétés explorent plusieurs pistes pour apurer la dette.

  • Échéanciers contraignants : mise en place d’un calendrier rigoureux d’apurement progressif, indexé sur les enlèvements quotidiens.
  • Mécanismes de compensation d’État : structuration d’accords tripartites pour éponger une partie de l’ardoise via les créances croisées du Trésor public.
  • Audit et traçabilité des recettes : refonte du circuit de collecte des ventes au détail, afin de prioriser le paiement direct de la facture d’approvisionnement à la raffinerie.

L’enjeu est de taille : sans une restructuration globale et rapide, c’est tout l’équilibre financier du secteur des hydrocarbures nigériens qui menace de s’effondrer.

Suivre cette actualitéAbonnez-vous gratuitement via RSS
Tous les articles

ouagadirect