Niger : le scandale des visas schengen qui secoue la junte militaire

Niger : le scandale des visas schengen qui secoue la junte militaire

Un consul espagnol démis de ses fonctions dans un réseau de corruption d’État

Le ministère des Affaires étrangères espagnol a pris une décision exceptionnelle : le consul en poste à Niamey a été révoqué sans délai. Cette mesure drastique intervient après la découverte d’un vaste trafic de visas Schengen, commercialisés à plus de 2,5 millions de FCFA chacun. Au Niger, cette affaire éclate comme une bombe, révélant une corruption institutionnalisée au plus haut niveau de l’État, avec des ramifications directes au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP).

Un système de fraude organisé depuis les sommets du pouvoir

Les investigations menées par la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE) ont permis de lever le voile sur un mécanisme de corruption sophistiqué. Ce n’est pas un simple réseau de passeurs qui est à l’origine de cette filière, mais bien une véritable entreprise criminelle, orchestrée depuis les cercles du pouvoir. Le général Mohamed Toumba, troisième personnage du CNSP et ministre de l’Intérieur, se retrouve au cœur des suspicions.

Son épouse, selon les éléments recueillis, aurait exploité son influence pour contourner les procédures légales d’obtention des visas. Chaque document était monnayé à un tarif exorbitant de 2,5 millions de francs CFA, soit environ 3 800 euros. Ce système ciblait principalement des commerçants et des candidats à l’exil fortunés, transformant ainsi l’accès privilégié à l’espace Schengen en une source de revenus illicites pour l’élite militaire.

La DGDSE frappe fort : un coup porté à l’unité de la junte

Le démantèlement de ce réseau est l’œuvre du lieutenant-colonel Souleymane Balla Arabé, chef du contre-espionnage nigérien. Grâce à l’interception de communications et à la collecte de preuves tangibles, les services secrets ont mis en lumière les connexions entre l’entourage du ministre de l’Intérieur et cette entreprise frauduleuse. Cette opération a révélé les failles internes du CNSP et fragilisé la position du général Toumba.

Pour un homme censé incarner l’ordre et la discipline, cette affaire représente un camouflet majeur. Son implication dans ce scandale de corruption transnationale risque de saper sa crédibilité auprès des troupes et des autres membres de la junte.

Le général Tiani face à son silence : une stratégie ou une complicité ?

Alors que le scandale prend une dimension internationale avec la révocation du consul espagnol, le président de la transition, le général Abdourahamane Tiani, reste muré dans un mutisme total. Aucune réaction officielle, aucune sanction contre le général Toumba ou son équipe n’a été annoncée. Ce silence, interprété comme un choix délibéré, suscite des interrogations.

Pourtant, lors du coup d’État du 26 juillet 2023, la junte avait promis une refonte des institutions et une lutte sans merci contre l’impunité. En ne prenant pas de mesures fermes, le général Tiani semble privilégier la protection des intérêts internes du régime au détriment des engagements pris envers le peuple nigérien.

Un tournant pour la transition nigérienne

Cette affaire des visas consulaire espagnol marque un tournant décisif pour le Niger. Elle expose le paradoxe d’un gouvernement qui, tout en affichant une rupture avec les anciennes pratiques, continue de profiter des avantages liés à l’espace Schengen. La décision de Madrid de limoger son représentant en est la preuve tangible : les institutions européennes refusent de fermer les yeux sur de telles dérives.

Reste à savoir si le général Tiani saisira cette opportunité pour assainir les rouages de l’État et tenir ses promesses. Ou si, au contraire, la protection des équilibres politiques internes primera sur la justice et la transparence promises à la population.

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