Niger : le régime militaire ébranlé par une mutinerie meurtrière et les assauts du JNIM aux portes de Niamey
La semaine écoulée a été l’une des plus éprouvantes pour le Niger depuis le coup d’État de 2023. Entre une mutinerie sanglante au sein d’une base stratégique de Niamey et une recrudescence des attaques jihadistes à proximité immédiate de la capitale, le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) voit sa crédibilité mise à rude épreuve. Les événements survenus entre le 28 août et le 3 septembre révèlent des fractures profondes au sein de l’armée et un lourd tribut payé par les civils.
Affrontement fratricide à la base aérienne 101
Dans la nuit du 28 au 29 août, des tensions latentes ont explosé à la base aérienne 101 de Niamey, site abritant notamment des avions militaires et des éléments du bataillon de sécurité et de renseignement (BSR). Selon plusieurs sources sécuritaires, des unités d’élite des forces spéciales, épuisées par des déploiements répétés sur les fronts du Nord et de l’Ouest, ont affronté des membres de la Garde présidentielle appuyés par des instructeurs russes d’Africa Corps. Les échanges de tirs intenses ont fait au moins 43 morts parmi les soldats nigériens, un bilan particulièrement lourd pour une confrontation interne.
Raids jihadistes meurtriers dans la région de Tillabéri
Alors que le pouvoir tentait de reprendre la main sur la base, la situation s’est dégradée dans le fleuve Niger et les communes rurales du Nord-Ouest. Les 2 et 3 septembre, des éléments du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) ont mené des incursions coordonnées contre quatre localités de la région de Tillabéri : Darbani, Diamballa, Namarigoungou et Zibane, dans la commune d’Anzourou.
Le bilan civil est lourd :
- À Diamballa, la panique provoquée par l’arrivée des assaillants a conduit à la mort par noyade de deux fillettes qui tentaient de traverser une mare voisine. Un habitant a aussi été grièvement blessé par balle.
- À Namarigoungou, un civil a été exécuté lors de la prise du village, qui a également été marquée par le pillage des troupeaux.
- À Zibane, l’attaque du 3 septembre a fait six morts, tandis qu’un membre d’une milice locale de défense a été tué en ripostant. Plusieurs centaines de têtes de bétail ont été emportées par les insurgés.
Le JNIM aux portes de la capitale
Le point le plus préoccupant est la proximité géographique des attaques avec le centre du pouvoir. Le 2 septembre, à l’aube, une unité mobile du JNIM a attaqué le poste de gendarmerie de Komba, situé sur la route de Namaro, à seulement 10 kilomètres de Niamey. Cette action a contraint les forces armées à ériger des barrages et à fermer temporairement la circulation sur la route nationale près du 3ᵉ pont de la capitale.
Cet assaut survient quelques jours après la libération négociée de 20 combattants du JNIM, le 28 août, dans le cadre d’un échange d’otages. Cela démontre que le groupe conserve une capacité de nuisance directe sur les accès à Niamey, malgré les canaux de négociation ouverts.
Un fossé entre le discours officiel et la réalité du terrain
Face à cette accumulation de crises, les médias d’État, notamment la RTN, portent un discours qui attribue la déstabilisation à des coalitions étrangères et à des ingérences de pays voisins. Le capitaine Roger Gabriel, figure médiatique du régime, martèle cette rhétorique.
Cependant, la concomitance des pertes à la base 101 et de l’incursion de Komba met en évidence un décalage croissant entre la communication institutionnelle sur la souveraineté et les réalités d’un terrain où les unités d’élite et les populations rurales paient un lourd tribut.