Niamey face à son miroir : quand la souveraineté économique du Niger s’effondre en direct à l’ONU
L’illusion souveraine de la junte nigérienne éclate sous les feux des projecteurs onusiens
À New York, devant l’assemblée générale des Nations unies, le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a enchaîné les discours enflammés sur la souveraineté économique, la réappropriation des ressources stratégiques et la rupture définitive avec les influences étrangères. Pourtant, ces envolées lyriques, répétées depuis des mois par la junte du général Abdourahamane Tiani, se heurtent aujourd’hui à une réalité implacable : les deux piliers industriels du pays, la SOMAÏR et la SONIDEP, s’effondrent sous le poids de leur gestion catastrophique. Derrière la façade patriotique se cache un fiasco économique qui frappe de plein fouet les Nigériens.
La SOMAÏR, ou l’art de saboter son propre eldorado uranifère
Lorsqu’en 2023, les autorités nigériennes ont repris le contrôle total de la SOMAÏR – en chassant le partenaire français Orano et en brandissant l’étendard d’une « révolution minière nationale » –, elles promettaient des jours meilleurs pour l’uranium d’Arlit, fleuron historique du pays. Trois ans plus tard, le bilan est accablant : la production a chuté de près de 80 %, plongeant le secteur dans une crise sans précédent.
- Chaînes d’approvisionnement paralysées : Les retards dans l’acheminement des réactifs chimiques essentiels, comme l’acide sulfurique, ont réduit à néant la capacité d’exploitation des mines. Les livraisons bloquées aux frontières, conséquences des sanctions régionales et des tensions diplomatiques, ont mis un frein brutal aux opérations.
- Concentré d’uranium invendu et stocks dormants : Sans accès aux marchés internationaux et privé de certificats d’exportation fiables, des tonnes de yellowcake s’entassent dans les entrepôts. Résultat ? Des contrats bloqués, des recettes perdues et une activité commerciale au point mort.
- Effondrement social et fiscal : Les sous-traitants locaux ne sont plus payés, les licenciements se multiplient, et les promesses de recettes fiscales – destinées à financer les hôpitaux, les écoles ou les infrastructures – se sont évaporées comme neige au soleil. Près de 20 000 emplois directs et indirects sont menacés.
Le plus ironique ? Les généraux nigériens ont cru que changer de drapeau sur le portail d’Arlit suffirait à relancer la machine. Mais une mine d’uranium ne se gère pas avec des slogans : il faut des experts, des partenariats stables et une rigueur administrative. Même pour un pays où l’uranium fait la loi.
La SONIDEP, ou comment transformer le pétrole en gouffre financier
Autre emblème de la « souveraineté énergétique » tant vantée par le CNSP : la SONIDEP, chargée de commercialiser le pétrole nigérien, notamment via le nouveau pipeline vers le Bénin. Objectif affiché ? Devenir le moteur financier d’un Niger autosuffisant en énergie. Aujourd’hui, le résultat est catastrophique : la société affiche un déficit abyssal de plus de 25 milliards de francs CFA, soit l’équivalent du budget annuel de deux régions entières du pays.
Comment en est-on arrivé là ? Plusieurs pistes se dégagent, toutes aussi inquiétantes :
- Mauvaise gestion des contrats : Des accords de gré à gré douteux, souvent conclus sans appel d’offres, auraient engendré des surfacturations massives. Les intermédiaires, improvisés en overnight, se seraient servis au passage.
- Silence comptable et opacité : Aucun bilan certifié n’a été publié depuis des mois. Le ministère des Pétroles, sous l’autorité directe du Premier ministre, reste muet sur les détails des transactions. Les Nigériens ignorent où passe leur or noir.
- Effet domino sur l’économie : La SONIDEP, censée alimenter les caisses de l’État grâce à la vente de pétrole, est devenue un gouffre financier. Pendant ce temps, les raffineries locales tournent au ralenti, faute de liquidités pour importer des produits raffinés.
Ironie de l’histoire : c’est la même junte qui, en 2023, clamait que les sanctions internationales ne l’empêcheraient pas de commercer librement. Aujourd’hui, ce sont ses propres choix – gestion erratique, mépris des règles de transparence, clientélisme – qui étouffent l’industrie pétrolière nigérienne.
Le nationalsime économique ou le paravent d’un désastre
Face à l’effondrement simultané de la SOMAÏR et de la SONIDEP, les autorités nigériennes ont un réflexe bien rôdé : pointer du doigt les ennemis extérieurs. Sanctions de la CEDEAO, hostilité des pays voisins, sabotage par d’anciens partenaires… La liste des boucs émissaires est longue. Mais au-delà du discours, une question brûle les lèvres des Nigériens : où sont passés les milliards promis ?
Trois urgences pour sauver ce qui peut encore l’être
Le peuple nigérien, lui, ne vit pas de discours. Il exige des réponses concrètes. Voici ce que le pouvoir à Niamey devrait faire sans délai :
- Rendre publics les audits indépendants : Les rapports commandés après le coup d’État de juillet 2023 sur la gestion des mines et du pétrole doivent être publiés. Plus de transparence, plus de fausses promesses.
- Relancer les partenariats stratégiques
La vraie souveraineté, ce n’est pas de brandir un drapeau face à un auditoire international. Ce n’est pas non plus de nationaliser à tout prix pour mieux mal gérer. C’est d’abord et avant tout : créer de la richesse, la redistribuer et garantir un avenir à ses citoyens. À ce jeu-là, le Niger de 2024 est un échec cuisant. Et les Nigériens en paient le prix fort.
Conclusion : l’heure des comptes a sonné pour Niamey
Le 81ᵉ Assemblée générale de l’ONU a offert une tribune à Lamine Zeine pour scander son credo souverainiste. Malheureusement pour lui et pour le Niger, les chiffres parlent plus fort que les discours. Entre une SOMAÏR en coma industriel et une SONIDEP engluée dans un déficit de 25 milliards de francs CFA, la junte a réussi l’exploit paradoxal de détruire deux secteurs stratégiques en brandissant l’argument patriotique comme paravent.
Les Nigériens méritent mieux que des leçons de morale à l’étranger. Ils méritent une économie qui tourne, des emplois stables et un État capable d’honorer ses engagements. Jusqu’à présent, la junte a préféré jouer aux apprentis sorciers. Le prochain virage devra être plus sérieux : ou bien elle corrige le tir en urgence, ou bien elle assumera pleinement le coût de son incompétence – avec l’argent des contribuables.