Mali : la mise au pas du secteur privé sous couvert de structuration
Après avoir restreint les espaces de parole et les médias, le pouvoir de transition au Mali s’attaque désormais à un autre pilier de l’autonomie citoyenne : l’économie. La récente signature d’une « Charte des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) » marque un tournant dans la gestion du pays, transformant ce qui devrait être un levier de croissance en un instrument de surveillance administrative.
Un encadrement suspect du secteur informel
Dans un pays où l’économie informelle soutient la grande majorité des foyers, notamment les jeunes et les femmes, cette volonté d’organisation rigide soulève des interrogations. En cherchant à labelliser et à répertorier chaque acteur économique, les autorités s’immiscent dans un domaine qui, par sa nature, échappait jusqu’ici au contrôle étatique direct. Cette manœuvre permettrait d’étendre l’influence du pouvoir sur les commerçants et les artisans.
Le risque majeur réside dans l’instauration d’un système de clientélisme. À l’avenir, l’obtention de financements publics ou le droit d’exercer pourraient devenir conditionnels à une certaine forme d’allégeance. Dans ce cadre, la charte n’est plus un simple document administratif, mais un levier politique pour s’assurer du silence des acteurs économiques face aux orientations de la transition.
Électricité et crédit : les urgences oubliées
Pourtant, les entrepreneurs du Mali font face à des obstacles bien plus concrets que le manque de réglementation. L’accès au financement reste un parcours du combattant, tandis que les coupures d’électricité incessantes paralysent l’activité productive. Ces deux facteurs sont identifiés comme les principaux freins au développement par une part importante des entreprises locales.
Plutôt que d’investir dans les infrastructures énergétiques ou de faciliter les taux d’intérêt, le pouvoir privilégie la mise en place de nouvelles contraintes bureaucratiques. Cette stratégie semble occulter l’incapacité de l’État à fournir les services essentiels à la survie du tissu économique national.
Le lien indissociable entre libertés politiques et économiques
L’histoire montre que la restriction des libertés politiques finit inévitablement par atteindre la sphère économique. En verrouillant l’expression publique, le régime s’est prémuni contre les contestations liées à la pression fiscale ou à la dégradation des services publics. Aujourd’hui, en encadrant strictement la liberté d’entreprendre, il cherche à réduire la dernière zone d’indépendance des Maliens.
Cette centralisation accrue menace de fragiliser davantage l’initiative privée. En dépendant du bon vouloir des autorités pour travailler, les citoyens perdent leur capacité à subvenir à leurs besoins de manière autonome, un processus qui conduit souvent à un appauvrissement généralisé.