Mali : des civils victimes de violences attribuées à l’armée et aux milices dozos

Mali : des civils victimes de violences attribuées à l’armée et aux milices dozos

Des attaques ciblées dans la région de Ségou

Des soldats des Forces armées maliennes (FAMa) et des milices dozos ont perpétré des exactions meurtrières les 2 et 13 octobre dans deux villages de la région de Ségou, selon des témoignages recueillis sur place. Ces événements surviennent dans un contexte de tensions accrues entre les forces de sécurité et les groupes armés islamistes.

Des massacres méthodiques et des incendies de maisons

Le 2 octobre, une opération conjointe de l’armée malienne et de miliciens dozos a ciblé le village de Kamona, faisant au moins 21 morts parmi les civils. Les assaillants, reconnaissables à leurs tenues de camouflage et leurs amulettes traditionnelles, ont exécuté sommairement les hommes du village après les avoir accusés de liens avec le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda. Dix habitations ont été réduites en cendres.

Le 13 octobre, un scénario similaire s’est répété à Balle, situé à environ 55 kilomètres de Kamona. Neuf hommes et une femme ont été tués, et plus de cent têtes de bétail volées. Les villageois, sous le joug du GSIM depuis des années, dénoncent des exécutions sans distinction et des pillages systématiques.

Des preuves accablantes et des témoignages poignants

Les rescapés décrivent des scènes d’horreur : des corps criblés de balles, des fosses communes creusées en urgence, et des familles entières décimées. Un berger de 40 ans, témoin impuissant, a retrouvé 17 cadavres sous un arbre à Kamona : « Les gens avaient été criblés de balles. L’un d’eux avait la tête fracassée. » À Balle, une jeune femme de 21 ans a vu sa mère, âgée de 55 ans, abattue après avoir protesté contre les violences des soldats.

Les habitants de Balle confirment vivre sous le contrôle du GSIM depuis des années, payant une taxe islamique et résolvant leurs litiges selon la charia. « L’armée ne fait aucune différence entre nous et les djihadistes », explique un villageois. « Ils nous traitent tous comme des ennemis. »

Une réponse militaire controversée

Le chef d’État-Major des Armées du Mali a justifié l’opération du 13 octobre par une « reconnaissance offensive » ayant « neutralisé une vingtaine de terroristes ». Pourtant, aucun affrontement n’a été signalé avant les exécutions. Les villageois, qui ont fui à l’arrivée des forces, contredisent cette version officielle.

Ces violences s’inscrivent dans un cycle de représailles après une série d’attaques du GSIM, dont le siège de Bamako début septembre. La junte militaire a dû fermer les écoles et universités, tandis que les populations civiles paient le prix fort des conflits en cours.

Un appel à la justice et à la responsabilité

Les autorités maliennes sont appelées à ouvrir une enquête transparente et à sanctionner les responsables de ces crimes. Le droit international humanitaire interdit formellement les attaques contre les civils, les exécutions sommaires et les traitements cruels. Malgré la sortie du Mali de la Cour pénale internationale (CPI) en 2025, le pays reste soumis à ses obligations jusqu’en 2026.

La communauté internationale, notamment l’Union africaine, est invitée à renforcer ses efforts pour mettre fin à l’impunité et protéger les populations civiles. « Le silence n’est plus acceptable », soulignent les observateurs locaux.

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