Mali : assimi goïta assume la présidence et la défense face à l’instabilité de Kidal
Un cumul des pouvoirs qui interroge au Mali
En s’attribuant officiellement le poste de ministre de la Défense, en plus de celui de Chef de l’État, le Colonel Assimi Goïta achève de centraliser l’autorité à Bamako. Cette décision, loin d’être une simple décision administrative, reflète une stratégie de survie face à une situation sécuritaire dégradée. Entre la perte de Kidal au profit du JNIM et de la CMA/FLA, et l’efficacité contestée du partenariat avec la Russie, le pays s’enfonce dans une crise sans précédent.
Kidal, symbole d’une souveraineté malienne en péril
Il y a quelques mois encore, la reconquête de Kidal était présentée comme un symbole de la restauration de la souveraineté malienne. Pourtant, cette victoire s’est révélée éphémère : la ville est retombée aux mains des groupes armés, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA/FLA).
Ce revers n’est pas seulement symbolique. Les forces maliennes, malgré les annonces de renforcement, peinent à maintenir leurs positions. Le vide sécuritaire et l’absence d’administration locale ont permis une réoccupation rapide des groupes djihadistes et indépendantistes. Le JNIM, en particulier, a perfectionné sa tactique en isolant les garnisons et en coupant les axes logistiques, transformant les succès militaires en victoires temporaires.
Le partenariat russe sous le feu des critiques
Le Mali mise sur la Russie, via le groupe Wagner (devenu Africa Corps), pour pallier le retrait des forces françaises. Pourtant, cette alliance, présentée comme une alternative souveraine, peine à convaincre sur le terrain.
Les paramilitaires russes, bien que déployés sur les fronts les plus exposés, privilégient une stratégie de répression qui, loin de stabiliser la région, radicalise les populations locales. Les violations des droits humains se multiplient, offrant un terreau fertile au recrutement des groupes terroristes. Pire encore, leur efficacité opérationnelle est remise en cause : les embuscades contre l’armée malienne se succèdent, révélant des lacunes tactiques inquiétantes.
Un isolement diplomatique qui aggrave la crise
En quittant la CEDEAO pour créer l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali a choisi la voie de l’autonomie sécuritaire. Pourtant, cette stratégie se heurte à une réalité implacable : le terrorisme ne connaît pas de frontières.
En se coupant des mécanismes de coopération régionale, Bamako se prive de renseignements stratégiques et de soutiens logistiques. Le cumul des postes par Assimi Goïta est perçu comme un durcissement autoritaire, compliquant encore le dialogue avec les pays voisins. Le Mali se retrouve ainsi dans une situation paradoxale : il cherche à affirmer sa souveraineté par la force, mais dépend de plus en plus de partenaires extérieurs peu transparents et d’une chaîne de commandement ultra-centralisée.
Vers un enlisement militaire et social ?
Pour les populations du Centre et du Nord du Mali, la situation est désespérante. Malgré les changements de leadership et les alliances géopolitiques revirement, l’insécurité persiste. Les attaques contre les convois militaires et civils se multiplient, devenant quotidiennes.
Assimi Goïta, désormais à la fois Président et ministre de la Défense, joue son avenir politique. Si la situation ne s’améliore pas rapidement, le mécontentement social, actuellement contenu par une répression sécuritaire, pourrait exploser. L’histoire africaine regorge d’exemples où la concentration excessive du pouvoir a conduit à des crises majeures.
Pour sortir de cette impasse, le Mali doit repenser sa stratégie globale. La force brute et les alliances mercenaires ont montré leurs limites. Une gouvernance inclusive et une réoccupation sociale des territoires s’imposent. Sans cela, l’État malien risque de s’enliser durablement dans un conflit sans issue.