Mali : africa corps dans le collimateur après la persistance des exactions contre les civils
Des crimes qui se poursuivent malgré le changement de structure militaire
Le remplacement progressif des groupes russes par Africa Corps au Mali ne semble pas avoir mis un terme aux graves violations des droits humains signalées ces dernières années. Dans un rapport rendu public en septembre 2026 puis dans une tribune écrite le 14 octobre suivant, les observateurs dénoncent une continuité alarmante des exactions : meurtres ciblés ou aveugles, tortures et disparitions forcées. Ces actes, s’ils sont confirmés, pourraient relever de crimes de guerre, selon les normes du droit international humanitaire. Les autorités maliennes, comme leurs partenaires internationaux, sont ainsi interpellées sur leur responsabilité à briser le cycle de l’impunité.
Des opérations militaires meurtrières pour les populations locales
Entre juin 2023 et décembre 2025, au moins 34 civils ont été tués lors de sept opérations militaires menées à la frontière entre le Mali et la Mauritanie. Ces interventions, menées conjointement par les Forces armées maliennes (FAMa) et les ex-membres du groupe Wagner, se sont soldées par des exécutions extrajudiciaires présumées, voire des violences d’une extrême barbarie : égorgements, brûlures ou frappes de drones sur des marchés et habitations. Le 16 mars 2025, une attaque de drone aurait ravagé le marché d’Ejdeir, faisant 16 morts, tandis qu’en novembre de la même année, une frappe contre une maison à Tangata aurait causé sept autres victimes. Aucune preuve de présence de combattants ou d’objectifs militaires n’a été établie sur ces sites.
Des frappes hors de tout contrôle ?
Ces incidents soulèvent des questions cruciales sur les protocoles de ciblage et la vérification des renseignements avant les frappes. L’absence apparente de discrimination entre civils et combattants, ainsi que l’absence de responsabilité claire, alimentent un climat de méfiance envers les opérations militaires. Les enquêtes approfondies restent indispensables pour établir les faits et identifier les chaînes de commandement impliquées.
Torture et détentions arbitraires : l’ombre portée d’un système répressif
Les lieux de détention au Mali, notamment à Léré et Nampala, sont devenus des foyers de violations systémiques. Amnesty International a recueilli les témoignages de 15 survivants décrivant des méthodes de torture parmi les plus sordides : suspensions prolongées, simulations de noyade, électrocutions, violences physiques à l’aide de barres de fer ou de crosses de fusil, et agressions sexuelles. Au moins cinq personnes seraient décédées en détention, tandis que d’autres croupissent depuis des mois sans accès à un avocat ou à un juge. Ces pratiques, perpétrées parfois en présence de militaires maliens, révèlent une collaboration inquiétante entre les forces locales et les groupes étrangers.
L’impunité comme rouage d’un système
Aucune enquête judiciaire n’a été ouverte depuis 2023 contre des membres des forces gouvernementales pour des exactions visant des civils. Cette absence de poursuites ne fait qu’aggraver la défiance des populations, tout en décourageant les victimes d’oser témoigner. L’accès limité aux zones concernées entrave également la documentation des abus, rendant d’autant plus difficile la lutte pour la justice. Les autorités maliennes se retrouvent ainsi face à un défi : prouver leur volonté de rompre avec ces pratiques ou reconnaître leur persistance.
Les minorités ethniques, premières victimes des violences
Les communautés peules, arabes et touarègues paient un lourd tribut dans ce conflit. Ciblées en raison de soupçons de collaboration avec des groupes armés comme le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), elles subissent des représailles collectives, des pillages de biens (bétail, argent, bijoux) et des destructions de propriétés. Ces exactions aggravent une situation déjà marquée par l’insécurité, les déplacements de populations et la perturbation des activités agricoles et pastorales. Pourtant, le droit international interdit toute forme de violence fondée sur l’appartenance communautaire ou des suppositions infondées.
Bombori, symbole d’une nouvelle vague d’exactions sous Africa Corps
Le 10 juillet 2026, de nouvelles allégations ont émergé dans le quartier peul de Bombori. Environ 80 hommes auraient été rassemblés, battus et interrogés sur leurs liens présumés avec des mouvements armés. Trois d’entre eux ont été exécutés sur place, tandis que six autres ont été abattus en tentant de fuir. Ces événements, survenus après l’officialisation du déploiement d’Africa Corps en juin 2025, interrogent la nature des missions confiées aux personnels russes et les mécanismes de contrôle mis en place. Ils révèlent aussi les zones d’ombre entourant la collaboration entre Bamako et Moscou.
Que faire face à cette impunité persistante ?
Les observateurs et la société civile malienne appellent à une rupture radicale avec ces pratiques. Pour y parvenir, plusieurs mesures s’imposent :
- Ouverture d’enquêtes indépendantes : des investigations crédibles doivent être menées par des instances neutres pour établir les responsabilités individuelles et collectives.
- Transparence sur les accords militaires : les autorités maliennes doivent clarifier les termes des partenariats avec Africa Corps et garantir le respect des droits humains dans le cadre des opérations.
- Accès à la justice pour les victimes : les populations doivent bénéficier d’un accompagnement juridique et médical, ainsi que de réparations pour les préjudices subis.
- Protection des témoins et dénonciateurs : des dispositifs doivent être mis en place pour encourager les victimes à parler sans crainte de représailles.
Le passage de Wagner à Africa Corps n’a pas marqué la fin des violations des droits humains au Mali. Au contraire, il a révélé une continuité préoccupante des pratiques les plus répréhensibles. Tant que l’impunité persistera et que les civils resteront les premières cibles, la stabilité et la réconciliation du pays resteront hors de portée.