Libreville mise sur le secteur privé pour financer son plan de développement 2026-2030

Libreville mise sur le secteur privé pour financer son plan de développement 2026-2030

Le Gabon s’engage dans une trajectoire économique ambitieuse pour la période 2026-2030. Le pays mise sur un investissement total de 27 000 milliards de FCFA pour concrétiser son Plan national de croissance et de développement (PNCD). Parmi ce montant, 18 000 milliards de FCFA devront provenir du secteur privé, tandis que la contribution publique se limitera à 9 000 milliards. Une répartition qui reflète la volonté des autorités de transition, désormais légitimées après l’élection présidentielle d’avril 2025, de transformer en profondeur l’économie gabonaise.

Le secteur privé au cœur du financement de la croissance gabonaise

Cette stratégie place le capital privé au premier rang des contributeurs au développement national. En attribuant 67 % du budget d’investissement au secteur privé, Libreville s’aligne sur les approches adoptées par d’autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette orientation place les investisseurs institutionnels, les fonds souverains africains et les multinationales des secteurs extractifs en première ligne pour financer le nouveau cycle économique.

Cependant, cette ambition nécessite un cadre des affaires nettement amélioré. L’économie gabonaise, encore largement dépendante du pétrole, du manganèse et du bois, doit diversifier ses revenus. Les institutions financières internationales ont maintes fois souligné la nécessité de renforcer la collecte fiscale, d’accélérer les réformes douanières et de sécuriser les droits fonciers pour attirer durablement les capitaux étrangers.

Le Haut conseil pour l’investissement, clé de voûte de la stratégie économique

Pour faciliter la collaboration entre l’État et les entreprises, le gouvernement a décidé de relancer le Haut conseil pour l’investissement (HCI). Cette instance, autrefois centrale, avait perdu de son influence sous le régime précédent. Sa réactivation marque l’engagement du président Brice Clotaire Oligui Nguema à instaurer un dialogue public-privé transparent, offrant aux investisseurs la stabilité réglementaire indispensable à leurs engagements.

Le HCI agira comme un médiateur entre les priorités sectorielles définies par les ministères et les capacités d’investissement des grands groupes privés. Les acteurs des secteurs minier, comme la Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale d’Eramet, ou ceux de la filière bois transformée seront particulièrement sollicités. Par ailleurs, des institutions financières panafricaines, telles qu’Afreximbank et la Banque africaine de développement, devraient jouer un rôle clé dans le financement des infrastructures, de l’énergie et des technologies numériques.

Un objectif de 18 000 milliards FCFA : un défi de taille pour le Gabon

Atteindre 18 000 milliards de FCFA d’investissements privés sur cinq ans, soit une moyenne annuelle de 3 600 milliards, représente un saut qualitatif par rapport aux plans précédents. Pour rappel, le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE) n’avait pas atteint ses cibles d’investissements directs étrangers, en partie à cause d’un manque de projets bancables et de la chute des prix des matières premières entre 2014 et 2016. Le PNCD devra donc prouver sa capacité à structurer un portefeuille de projets attractifs et à offrir des garanties solides aux investisseurs.

La situation budgétaire du Gabon ajoute une contrainte supplémentaire. La dette publique frôle désormais le plafond communautaire de 70 % du PIB, ce qui limite les marges de manœuvre de l’État en matière d’endettement. Dans ce contexte, les partenariats public-privé (PPP), les concessions et les contrats de performance énergétique deviendront des outils essentiels pour concrétiser le plan.

La réussite du PNCD dépendra également de l’efficacité de l’administration. La réduction des délais administratifs, la digitalisation des démarches d’investissement et la lutte contre la corruption sont des chantiers prioritaires pour les opérateurs économiques. Sans progrès tangibles dans ces domaines, le risque de voir les intentions s’éloigner des réalisations concrètes reste élevé.

Le pari est donc lancé : dans cinq ans, le Gabon devra avoir démontré sa capacité à concilier ambition économique et crédibilité auprès des marchés et des partenaires internationaux. Le succès du PNCD reposera en grande partie sur l’efficacité du HCI à mobiliser les acteurs privés autour de projets concrets et rentables.

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