Un artiste engagé aux multiples talents
Né en 1992 à Salé, El Mahdi Lyoubi s’est imposé comme une figure incontournable de la scène culturelle marocaine et internationale. Formé à la prestigieuse Fémis, il a réalisé des œuvres saluées par la critique, notamment son court-métrage documentaire « Marseille, 14 juillet », sélectionné dans des festivals majeurs comme New Directors-New Films (MoMA, New York), Sheffield DocFest ou encore le Festival franco-arabe de Noisy-le-Sec. En parallèle de sa carrière cinématographique, il s’exprime aussi à travers la musique sous le pseudonyme Mehdi Black Wind, avec des textes abordant des thèmes sociaux et politiques.
Le 10 juillet 2026, alors qu’il préparait son retour à Marseille après un séjour familial et des repérages pour son prochain projet, une décision administrative l’a empêché de quitter le territoire. Interpellé à l’aéroport de Rabat-Salé, il a été conduit au commissariat de Salé, puis placé en garde à vue à la Brigade nationale de la police judiciaire de Casablanca. Ses proches n’ont été informés que tardivement des accusations portées contre lui, évoquant des publications sur les réseaux sociaux sans autre précision.
Le 15 juillet, il a été déféré devant le procureur et placé en détention provisoire à la maison d’arrêt d’Oukacha, à Casablanca. Son audience est prévue pour le 22 juillet. Dans un contexte de grève des avocats, ses défenseurs n’ont toujours pas pu accéder à son dossier, et sa famille se voit refuser tout contact avec lui.
Une vague de répression contre les artistes
L’arrestation d’El Mahdi Lyoubi s’inscrit dans une série d’actions judiciaires ciblant des artistes au Maroc depuis fin 2025. Plusieurs personnalités du rap et du cinéma ont été visées pour des œuvres ou des prises de parole considérées comme subversives. Parmi eux, le rappeur Pause Flow a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour outrage à corps constitué, tandis que Hamza Raid a écopé de six mois avec sursis. Souhaib Qabli, âgé de seulement 20 ans, a été condamné à huit mois de prison ferme pour des publications jugées offensantes envers une institution constitutionnelle.
Ces procédures, bien que distinctes, reflètent une tendance inquiétante : la criminalisation croissante de l’expression artistique. Pourtant, l’article 25 de la Constitution marocaine garantit la liberté de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes ses formes. Les signataires de cette lettre ouverte rappellent que ces droits sont également protégés par les engagements internationaux du Maroc.
Cette affaire survient dans un contexte de tensions sociales, marqué par le mouvement GenZ 212, né à l’automne 2025. Portant des revendications liées à l’accès à l’éducation, à la santé, à la lutte contre la corruption et à la liberté d’expression, ce mouvement s’est largement exprimé sur les réseaux sociaux, plateformes désormais scrutées par les autorités.
Une mobilisation pour les libertés fondamentales
Convaincus que la liberté de création et d’expression est indispensable à la vitalité démocratique et culturelle, les signataires de cette initiative demandent aux autorités marocaines de :
- Respecter pleinement les droits et garanties procédurales d’El Mahdi Lyoubi, conformément à la Constitution et aux traités internationaux ratifiés par le Maroc ;
- Réexaminer sans délai les restrictions imposées à sa liberté et à sa mobilité, en s’assurant qu’elles reposent sur une base légale claire et répondent aux principes de nécessité et de proportionnalité ;
- Garantir un procès équitable et le respect des obligations internationales du Maroc en matière de droits humains ;
- Créer un environnement favorable à l’exercice libre des activités artistiques et culturelles ;
- Libérer immédiatement El Mahdi Lyoubi sans condition.
Nous suivons avec une grande attention l’évolution de cette situation et restons à la disposition des autorités pour un dialogue constructif.