Le Mali sous pression : corridors sénégalais, marocain et guinéen en crise
Les axes routiers qui approvisionnent le Mali, pays enclavé, traversent une période de tensions inédites. Au Sénégal, des transporteurs appellent à suspendre les liaisons vers Bamako ; au Maroc, les opérateurs redoublent de prudence ; sur le corridor Guinée-Mali, la circulation est fortement ralentie. Ces perturbations cumulées pèsent sur les chaînes logistiques, le coût du fret et les délais de livraison.
Une dépendance logistique fragilisée
Le Mali dépend à plus de 80 % du transport routier pour ses importations. Le corridor Dakar-Bamako reste l’artère principale : en 2024, environ 2,6 millions de tonnes de marchandises ont transité par le port de Dakar à destination du marché malien. Mais les conditions de sécurité se dégradent. L’Union des routiers sénégalais rapporte qu’au moins onze camions de son pays ont été incendiés ces dernières semaines sur les routes maliennes. Des organisations professionnelles ont exhorté les chauffeurs à limiter ou interrompre les trajets, jugeant les risques trop élevés pour être supportés financièrement.
L’attaque du 6 mai et ses conséquences
Le 6 mai, plusieurs convois commerciaux ont été attaqués sur l’axe reliant la frontière mauritanienne à Bamako. Selon des sources syndicales marocaines, plus d’une quinzaine de camions marocains, sénégalais et mauritaniens ont été visés par des groupes armés. Au moins six poids lourds marocains ont été incendiés. Cet événement a radicalement modifié la perception du risque chez les transporteurs marocains, qui hésitent désormais à s’engager sur les dessertes maliennes. Les assurances grimpent, les véhicules restent immobilisés, et les détours imposés réduisent les marges déjà minces.
Le corridor Guinée-Mali également touché
Depuis les attaques signalées fin avril sur ce corridor stratégique, le transit des marchandises et des voyageurs est considérablement ralenti. Cet itinéraire, qui permet au Mali d’utiliser le port de Conakry, constitue une alternative importante pour diversifier les approvisionnements. Mais les difficultés actuelles limitent cette option alors que les autres axes sont déjà sous tension.
Des répercussions au-delà du transport
Les conséquences dépassent le simple secteur du transport. Les chauffeurs prolongent leurs temps d’attente avant de partir, certains convois avancent groupés, et des familles restent sans nouvelles de proches partis sur les routes. Pour les opérateurs économiques, chaque interruption entraîne des surcoûts de stockage, des retards de livraison et un ralentissement des échanges. Lorsque plusieurs corridors sont simultanément perturbés, l’approvisionnement du marché malien, les délais logistiques régionaux et l’activité transfrontalière en subissent directement les effets.
Trois ans après la réorientation sécuritaire du Mali, du Burkina Faso et du Niger, marquée par un éloignement des partenaires occidentaux et un rapprochement avec la Russie, les défis sécuritaires pèsent toujours lourdement sur le Sahel. Les difficultés sur les axes commerciaux s’intensifient, et les répercussions se font sentir bien au-delà des frontières de l’Alliance des États du Sahel : les transporteurs sénégalais, marocains et mauritaniens expriment des inquiétudes majeures face aux risques qu’ils encourent sur les routes maliennes.