Le Mali peut-il s’appuyer sur le modèle ivoirien pour vaincre le terrorisme au Sahel ?

Le Mali peut-il s’appuyer sur le modèle ivoirien pour vaincre le terrorisme au Sahel ?
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Une question stratégique pour Bamako face à l’insécurité grandissante

Au moment où les groupes armés menacent toujours plus les populations et les territoires du Mali, une rencontre discrète mais cruciale est attendue à Bamako. Vassiriki Traoré, chef du renseignement ivoirien, doit échanger avec Modibo Koné, directeur de l’ANSE malienne, pour explorer une piste souvent ignorée : et si le salut du Mali passait par l’expérience de la Côte d’Ivoire ? Entre formations spécialisées, renseignement avancé et coordination opérationnelle, Abidjan a développé un modèle qui intrigue Bamako. Mais cette coopération, si elle se concrétise, peut-elle vraiment changer la donne face au terrorisme au Sahel ?

Pourquoi la Côte d’Ivoire représente-t-elle un modèle pour le Mali ?

Face à une menace terroriste qui dépasse les frontières, les pays du Sahel doivent innover pour sécuriser leurs territoires. La Côte d’Ivoire, pourtant moins exposée aux attaques que ses voisins directs, a su anticiper les risques en mettant en place des dispositifs adaptés. Son approche repose sur plusieurs piliers :

  • Un renseignement anticipatif grâce à des unités dédiées et une collaboration étroite entre services ;
  • Des formations ciblées pour les forces de sécurité, incluant des exercices réalistes et des simulations d’attaques ;
  • Une coordination renforcée entre militaires, policiers et magistrats pour une réponse globale et rapide ;
  • Une préparation psychologique et tactique des soldats pour faire face aux tactiques changeantes des groupes armés.

Ces méthodes, testées et éprouvées, pourraient inspirer le Mali, où l’insécurité persiste malgré les efforts militaires. Mais au-delà des échanges, comment transposer ces leçons dans un contexte malien marqué par des défis uniques ?

L’Académie de Jacqueville : une infrastructure clé pour la coopération sécuritaire

Instaurée en 2021, l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT) de Jacqueville est bien plus qu’une simple école. Cette structure, unique en Afrique de l’Ouest, forme non seulement les forces locales, mais accueille aussi des militaires et des policiers d’autres pays de la région. Ses programmes couvrent :

  • La gestion des crises et la planification des opérations de contre-terrorisme ;
  • Le renseignement technique et l’analyse des mouvements des groupes armés ;
  • L’interopérabilité entre les différents corps de sécurité ;
  • La protection des populations civiles dans les zones à risque.

Pour le Mali, envoyer des officiers à Jacqueville serait un premier pas concret pour renforcer ses propres dispositifs. Mais cette coopération soulève aussi une question fondamentale : jusqu’où Bamako est-il prêt à s’inspirer d’un modèle étranger sans compromettre sa souveraineté ?

Coopération sécuritaire Mali-Côte d’Ivoire : entre opportunité et souveraineté

Un dialogue qui pourrait relancer les échanges régionaux

Les relations entre Bamako et Abidjan ont connu des tensions ces dernières années, mais la menace terroriste a rappelé à tous la nécessité d’une action commune. La venue de Vassiriki Traoré à Bamako n’est pas anodine : elle marque peut-être l’amorce d’un nouveau chapitre. Les deux pays pourraient discuter de :

  • Un partage accru de renseignements pour prévenir les attaques avant qu’elles ne se produisent ;
  • Des exercices conjoints pour tester la réactivité des forces ;
  • Une harmonisation des stratégies entre les services de sécurité des deux pays ;
  • Des formations adaptées aux besoins spécifiques du Mali, notamment dans les zones frontalières.

Pour autant, cette coopération ne pourra être durable que si elle répond à un impératif : prouver son efficacité sur le terrain.

Les limites d’une collaboration sans action concrète

Un échange entre responsables, même porteur, ne suffira pas à inverser la tendance. Le Mali doit désormais transformer ces discussions en mesures tangibles :

  • L’envoi de délégations maliennes à l’AILCT pour des formations accélérées ;
  • La création de cellules de renseignement mixtes pour une meilleure anticipation ;
  • L’intégration des enseignements ivoiriens dans les doctrines opérationnelles maliennes ;
  • Un suivi rigoureux des résultats pour ajuster les stratégies.

Sans cela, le dialogue restera stérile et les populations continueront de payer le prix de l’insécurité. Le Mali, comme le Sahel tout entier, n’a plus le luxe de l’indécision.

La menace terroriste, un défi qui dépasse les frontières

Le terrorisme au Sahel ne connaît ni frontières ni loyautés nationales. Les groupes armés exploitent les zones grises entre les pays, passeurs se faufilant entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Dans ce contexte, une coopération Mali-Côte d’Ivoire n’est pas un luxe, mais une nécessité. Pourtant, pour que cette alliance porte ses fruits, elle devra s’appuyer sur des actions claires :

  • Une stratégie régionale unifiée contre les groupes armés ;
  • Un investissement durable dans la formation et l’équipement ;
  • Une volonté politique sans faille pour briser les routines bureaucratiques ;
  • Une transparence dans les résultats pour rassurer les populations.

Le Mali a-t-il les moyens de se passer d’une telle opportunité ? La réponse se jouera dans les semaines et les mois à venir, à travers des décisions concrètes prises par Bamako.

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Fatoumata Diarra

Journaliste