Le Bénin peut-il tenir sa promesse d’autonomie électrique grâce à ses 62 mw de solaire ?

Le Bénin peut-il tenir sa promesse d’autonomie électrique grâce à ses 62 mw de solaire ?
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Le Bénin mise-t-il sur le bon cheval pour réduire ses factures énergétiques et sécuriser son approvisionnement ? Avec la signature d’accords financiers majeurs pour quatre nouvelles centrales solaires, le pays fait un pari audacieux pour renforcer son indépendance électrique. D’ici 2028, Natitingou, Djougou, Parakou et Bohicon pourraient accueillir des infrastructures capables de produire 62 mégawatts-crête (MWc), soit une contribution significative à la production nationale. Mais ce projet, bien plus qu’une simple addition de panneaux, soulève une question cruciale : ces installations suffiront-elles à transformer durablement le paysage énergétique béninois ?

Quatre villes, un même objectif : moins de dépendance, plus de production

Réparties géographiquement entre le nord et le sud du Bénin, les nouvelles centrales solaires photovoltaïques s’implantent stratégiquement pour répondre à une double exigence. D’abord, élargir la capacité nationale de production, alors que la demande en électricité progresse au rythme de l’urbanisation et de l’industrialisation. Ensuite, réduire la vulnérabilité énergétique liée aux importations coûteuses et parfois instables.

Avec un investissement global de 45 millions d’euros, dont 30 millions mobilisés par des partenaires internationaux comme l’IFC (Banque mondiale) et Proparco, ce programme symbolise une volonté politique claire : diversifier les sources d’énergie pour sécuriser l’avenir industriel du pays. « Il ne s’agit pas seulement de produire plus, mais de produire mieux et de manière durable », a indiqué un responsable du ministère de l’Énergie lors de l’annonce des accords financiers.

Des chiffres qui parlent : 62 MWc, 110 GWh, 383 000 bénéficiaires

Chaque installation apportera sa contribution au réseau national, avec une puissance cumulée de 62 MWc. Une fois raccordées, ces centrales devraient générer 110 gigawattheures (GWh) d’électricité renouvelable par an. Une production susceptible de soulager les foyers, les artisans, les petites entreprises et les industries locales.

Pour les populations, cela signifie une électricité plus accessible, moins sujette aux coupures, permettant de conserver les denrées alimentaires, de maintenir les activités commerciales et de soutenir les activités informelles. Pour l’économie, l’enjeu est encore plus stratégique : une alimentation électrique stable et prévisible attire les investisseurs et favorise la création d’emplois.

Solaire, thermique, importations : comment le Bénin réinvente son mix énergétique

Cette nouvelle étape s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation du secteur énergétique. Depuis plusieurs années, le gouvernement béninois a engagé un ambitieux plan de diversification, combinant énergies renouvelables, capacités thermiques et rationalisation des importations.

Parmi les projets phares déjà lancés :
– La centrale solaire d’Illoulofin (Pobè), d’une puissance de 50 MW.
– Le renforcement des infrastructures thermiques, notamment à Maria-Gléta, pour compenser la variabilité des sources renouvelables.

Cette approche permet de limiter la dépendance aux pays voisins, tout en garantissant une réponse adaptée aux pics de demande. L’objectif ? Construire un système électrique résilient, capable de s’adapter aux besoins croissants du pays sans compromettre sa stabilité.

L’autonomie énergétique : un objectif réaliste ou un rêve lointain ?

Le projet IPP50, porté en partie par des partenariats public-privé, marque une avancée notable dans cette direction. Mais il pose également une question essentielle : les 62 MWc supplémentaires suffiront-ils à inverser la tendance ?

En 2026, le Bénin importait encore une partie significative de son électricité. Même si les nouvelles centrales réduiront cette dépendance, leur impact immédiat sera limité. « C’est une étape importante, mais elle ne résout pas à elle seule le défi de l’approvisionnement », explique un expert en énergie. « Il faut aussi moderniser le réseau, améliorer le stockage et sécuriser les contrats d’achat d’énergie. »

Pourtant, avec une production locale augmentée de 17 % d’ici 2035, le pays avance concrètement vers son indépendance énergétique. Un objectif aligné sur les ambitions du Pacte national de l’énergie, qui vise 30 % de renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030 et un taux d’électrification de 70 %.

62 000 Tonnes de CO₂ évitées : l’atout écologique d’un projet ambitieux

Au-delà des retombées économiques, le projet IPP50 présente un bénéfice environnemental non négligeable. La production de 110 GWh d’électricité solaire chaque année permettra d’éviter l’émission de 62 000 tonnes de CO₂. Une contribution significative dans un contexte où la transition écologique devient un impératif mondial.

Cette orientation reflète une prise de conscience : le solaire permet non seulement de réduire la facture énergétique, mais aussi de valoriser les ressources naturelles locales et de s’inscrire dans une logique de développement durable. Un atout pour attirer des investisseurs sensibles aux critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance).

Électricité solaire : un levier pour l’économie locale et l’emploi

L’impact de ce projet dépasse les frontières des sites de production. En sécurisant l’accès à l’électricité pour plus de 383 000 personnes, il crée les conditions d’un essor économique décentralisé. Les zones industrielles de Djougou ou Parakou pourront ainsi attirer de nouvelles activités, tandis que les petits commerces et les ateliers artisanaux pourront fonctionner sans interruption.

« L’électricité est le moteur de l’industrialisation. Sans elle, impossible de transformer les matières premières ou d’innover dans les procédés de fabrication », souligne un industriel à Cotonou. « Ces centrales sont une bouffée d’oxygène pour notre compétitivité. »

Un financement international qui envoie un signal fort aux investisseurs

Le montage financier du projet IPP50 a mobilisé des acteurs clés du secteur : AXIAN Energy, la Caisse des dépôts et consignations du Bénin, l’IFC (Banque mondiale) et Proparco. Une collaboration qui illustre la confiance accordée au Bénin en tant que destination attractive pour les énergies renouvelables.

Avec un modèle de producteur indépendant d’électricité (IPP), l’État béninois mise sur des partenariats public-privé pour développer des infrastructures stratégiques. Concrètement, les centrales seront exploitées en concession, tandis que l’électricité produite sera vendue à la Société béninoise de production d’électricité (SBPE) via des contrats d’achat d’énergie.

Un mécanisme qui permet de mobiliser des capitaux privés tout en conservant un contrôle public sur l’intégration de ces capacités au réseau. Un équilibre délicat, mais essentiel pour garantir la pérennité du projet.

Un parcours semé d’embûches avant le décollage

Le chemin vers cette étape financière n’a pas été un long fleuve tranquille. Lancé dès 2019, le projet a connu des retards liés à la pandémie de Covid-19, à la flambée des coûts et au départ de son premier sponsor. Il aura fallu près de cinq ans de négociations et la mobilisation de nouveaux partenaires pour finaliser le montage.

« Ce projet symbolise la résilience du secteur énergétique béninois. Il montre que les difficultés peuvent être surmontées quand il y a une volonté politique claire et un écosystème favorable aux investissements », explique un observateur du secteur.

2028 : Rendez-vous critique pour la concrétisation des promesses

La mise en service des quatre centrales est prévue d’ici le premier trimestre 2028. Un calendrier ambitieux, qui dépendra de la rapidité d’exécution des travaux, du respect des engagements financiers et du bon raccordement au réseau national.

Mais produire plus ne suffit pas : il faut aussi s’assurer que cette électricité arrive jusqu’aux consommateurs. Cela implique de renforcer les infrastructures de transport et de distribution, de moderniser les réseaux vieillissants et de garantir la stabilité du système.

Pour les autorités, le défi est double : livrer les centrales dans les temps et en faire un outil efficace de développement économique. Car sans une distribution fiable, les 62 MWc supplémentaires resteront une avancée théorique.

Vers une souveraineté énergétique à l’horizon 2030 ?

Avec le projet IPP50, le Bénin accélère sa transition énergétique. Mais le vrai défi reste devant lui : transformer cette ambition en réalité tangible pour les populations et les entreprises. L’enjeu est de taille : construire un système énergétique durable, compétitif et résilient.

Si les nouvelles centrales tiennent leurs promesses, elles pourraient marquer un tournant. Mais elles ne seront qu’un maillon d’une chaîne plus large, incluant innovation, investissements et réformes structurelles. Pour le Bénin, l’avenir énergétique se joue maintenant – et chaque mégawatt compte.

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Souleymane Traoré

Journaliste