Expert en patrimoine culturel et Président de l’ONG TOWARA-BENIN (acréditée auprès de l’UNESCO), Marcel ZOUNON est titulaire d’un Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées en Finances et Contrôle de Gestion obtenu à l’Université d’Abomey-Calavi en 2007.
Alors que les économies modernes se réinventent autour de l’immatériel et de l’authenticité, le Bénin, berceau du Vodoun, de royautés séculaires et d’arts vivants d’exception, dispose d’un atout majeur : son patrimoine culturel. Pourtant, ce trésor reste sous-exploité, relégué au rang de simple patrimoine ou de dépense esthétique.
Avec l’ambition « Bénin Horizon 2035 », le pays vise une transformation radicale : faire de la culture son quatrième pilier économique. L’enjeu n’est plus de célébrer un héritage, mais de structurer un secteur dynamique, générateur d’emplois et d’innovations. Pour y parvenir, huit leviers stratégiques doivent être activés simultanément.
1. Un cadre juridique solide : protéger et valoriser les artistes
Une économie performante ne peut reposer sur des bases juridiques fragiles. Si des avancées ont été initiées, l’urgence est de les ancrer dans la loi. Le statut des artistes et des travailleurs culturels, ainsi que la création de la Maison des Artistes, doivent être inscrits dans des textes votés par l’Assemblée nationale pour garantir leur pérennité.
Il est temps de moderniser la gouvernance des droits d’auteur, d’offrir des incitations fiscales aux investisseurs et de reconnaître officiellement les métiers liés au patrimoine immatériel. Protéger les créateurs, c’est sécuriser l’économie culturelle.
2. Former une nouvelle génération de talents
L’avenir de cette économie créative repose sur ses ressources humaines. Le Bénin doit lancer un plan massif de professionnalisation couvrant les arts, le management culturel, l’entrepreneuriat et les nouvelles technologies appliquées au patrimoine. Chaque région doit devenir un foyer de formation adapté à ses spécificités locales.
3. Créer des pôles d’excellence académique
Pour ancrer cette dynamique, trois institutions doivent émerger :
- Une École Nationale Supérieure des Arts : pour former les danseurs, chorégraphes, scénographes et techniciens du spectacle de demain.
- Un Institut Supérieur du Patrimoine Culturel : dédié à la conservation, à la muséographie et à la recherche sur le patrimoine matériel et immatériel.
- Une Académie des Arts et Traditions du Bénin : où les maîtres artisans transmettent leurs savoirs aux jeunes générations, légitimant ainsi les traditions pour l’avenir.
4. Bâtir des infrastructures culturelles modernes
La créativité a besoin d’espaces adaptés. Le Bénin doit déployer un réseau d’infrastructures décentralisées : maisons de la culture communales, théâtres régionaux, complexes numériques et villages artisanaux. Chaque département doit disposer des outils nécessaires à la création, à la production et à la diffusion artistique.
5. Révolutionner le financement de la culture
L’audace artistique nécessite des moyens financiers. Trois dispositifs sont proposés :
- Un Fonds National de Développement Culturel : dédié à la création, à la recherche et à la mobilité internationale.
- Un Guichet de l’Économie Créative : proposant des crédits à taux préférentiels et des prêts adaptés aux cycles de production artistique.
- Un Fonds d’Investissement Culturel public-privé : mobilisant des capitaux de l’État, des collectivités, du secteur privé et de la diaspora.
6. Structurer des filières économiques autonomes
Le secteur culturel béninois est trop fragmenté. Cinéma, mode, musique, danse ou littérature doivent être organisés en filières structurées, avec des plans stratégiques, des formations dédiées et des canaux de distribution optimisés pour conquérir les marchés régionaux et internationaux.
7. Transformer le patrimoine immatériel en richesse économique
Masques, rythmes, récits et savoir-faire ne sont pas de simples symboles : ce sont des actifs inestimables. En numérisant les collections, en labellisant les festivals et en créant des itinéraires culturels, le Bénin peut faire de ses traditions des leviers de développement local et d’attractivité touristique.
8. Conjuguer culture, tourisme et agro-industrie
Le tourisme de demain ne se contentera pas de paysages : il cherchera des expériences authentiques. Le Bénin doit valoriser ses productions locales à travers le prisme de son esthétique, en créant des labels territoriaux qui transforment chaque région en destination culturelle et économique.
Vers 2035 : une stratégie d’État pour une croissance culturelle
Le Bénin de 2035 ne sera pas le fruit du hasard, mais d’une stratégie ambitieuse et méthodique. En protégeant ses artistes par la loi, en financant l’audace et en sauvegardant ses mémoires, le pays fera de la culture le moteur d’une croissance durable, inclusive et ancrée dans son identité. L’heure n’est plus aux promesses éphémères : c’est celle de l’action et de la sacralisation par le droit.