La main invisible du pouvoir camerounais

La main invisible du pouvoir camerounais

La main invisible du pouvoir camerounais

Le retour du président Paul Biya au Cameroun, après un séjour de 74 jours en Suisse, a été marqué par un symbole politique fort : la vision fugace de sa main à travers la vitre entrouverte de sa limousine. Un geste en apparence anodin, mais lourd de sens dans l’imaginaire politique national.

Ahmed Newton Barry, journaliste camerounais

Ce geste, bien plus qu’une simple salutation, a révélé les multiples facettes du pouvoir camerounais à travers une symbolique historique et politique.

Quatre degrés de pouvoir dans une seule main

La main en politique africaine, et camerounaise en particulier, incarne bien plus qu’un simple membre humain. Elle représente quatre degrés de pouvoir distincts, chacun porteur de significations profondes.

La main qui tue : l’ultime arbitrage

L’histoire politique regorge d’exemples où la main décide du sort des hommes. À Rome, la main de César condamnait ou sauvait les gladiateurs. À Yaoundé, la main de Biya, visible mais inaccessible, a confirmé son retour en vie. Ce geste, loin d’être anodin, rappelle que le pouvoir camerounais reste une entité à part entière, même en l’absence physique de son détenteur.

La main qui triche : l’art de la manipulation

Le football a popularisé l’expression « main de Dieu » avec Maradona. Au Cameroun, la télévision nationale a validé un miracle similaire : une main visible mais contestable, une présence médiatisée comme preuve d’un pouvoir toujours actif. La CRTV, outil de communication d’État, a transformé une absence en spectacle politique.

La main qui bénit : le sacré et l’absolu

Dans les traditions africaines, la main sacrée des chefs spirituels et politiques confère une légitimité divine. Le geste de Biya, sorti de l’ombre d’une limousine, s’apparente à une bénédiction inversée : une relique politique exhibée pour rassurer les fidèles. Une liturgie où la main devient relique, mais sans corps pour l’incarner.

La main qui gouverne : l’essence même du pouvoir

En droit romain, la manus représente la puissance absolue. Pendant 74 jours d’absence, c’est cette main qui a continué de signer décrets, nominations et lois depuis la Suisse. Le pouvoir camerounais s’est matérialisé dans l’acte d’écriture, bien avant le retour physique du président. Une présence paradoxale : un corps absent, mais une main omniprésente.

La main de Biya, agitée à travers la vitre, résume à elle seule l’essence du pouvoir : un mélange de présence et d’absence, de force et de fragilité, où chaque geste compte bien plus que les mots.

Comme le souligne la journaliste camerounaise Marie Roger Biloa : « Le Cameroun doit se préparer à l’éventualité d’un président déjà absent de facto. » Une anticipation qui révèle l’omniprésence d’une main devenue symbole d’un pouvoir en mutation.

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