La finale Sénégal-Maroc au cœur des tensions diplomatiques africaines

La finale Sénégal-Maroc au cœur des tensions diplomatiques africaines

Lors du sommet Afrique-France qui s’est tenu à Nairobi, la question de la finale Sénégal-Maroc de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) a refait surface, révélant les profondes tensions entre Dakar et Rabat. Quatre mois après l’attribution controversée du titre au Maroc par la Confédération africaine de football (CAF), le litige continue d’envenimer les relations bilatérales et les échanges continentaux.

Sous les yeux d’Emmanuel Macron et face à un Patrice Motsepe visiblement mal à l’aise, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a marqué les esprits lors de la session « sport et développement ». Brandissant fièrement le titre de champion d’Afrique 2026 comme un symbole de fierté nationale, il a lancé un message clair : « Merci à vous pour ce verdict ! », une allusion ironique à la décision du jury d’appel de la CAF d’annuler la victoire sénégalaise sur le terrain (1-0 après prolongation) pour attribuer la victoire au Maroc sur tapis vert (3-0).

Un contentieux sportif qui s’étend au-delà du football

La Fédération sénégalaise de football (FSF) a dénoncé un « braquage administratif » et a porté l’affaire devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) à Lausanne. Les mémoires de défense des deux parties sont désormais entre les mains de la justice suisse, laissant planer une issue incertaine pour plusieurs mois. Pendant ce temps, les relations diplomatiques entre les deux pays restent tendues, malgré les tentatives de modération.

Côté marocain, aucune représentation officielle n’a assisté à la séquence sportive du sommet, privilégiant d’autres sujets comme l’industrie et les énergies renouvelables. « Ils n’ont pas souhaité s’exprimer sur le sujet », confie une source proche du dossier. Une absence qui en dit long sur la sensibilité du dossier.

Des tensions diplomatiques persistantes

Les autorités françaises, interrogées après le sommet, ont minimisé l’impact de ce différend. Eléonore Caroit, ministre déléguée, a déclaré : « Je n’ai rien entendu sur le sujet durant les tables rondes. » Quant à Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, il a reconnu que le litige n’avait pas été évoqué officiellement, tout en précisant qu’il revenait dans les dialogues bilatéraux : « Ce n’est pas que du football. »

Au-delà du football, les relations entre le Sénégal et le Maroc sont également affectées par des tensions judiciaires. Un Français, frère d’un membre du staff sénégalais, a été emprisonné à Rabat pendant trois mois pour avoir jeté une bouteille d’eau sur des forces de l’ordre lors des incidents en tribune. Il a clamé son innocence avant d’être libéré début avril. Trois des dix-huit supporters sénégalais incarcérés pour violences et dégradations ont également été remis en liberté, tandis que les quinze autres attendent toujours une grâce royale, prérogative exclusive de Mohammed VI.

Une réforme « loi Pape Thiaw » pour éviter de nouvelles crises

Le contentieux a déjà eu des répercussions au niveau international. Lors du dernier congrès de la FIFA à Vancouver, l’International Football Association Board (IFAB) a adopté une nouvelle règle, surnommée « loi Pape Thiaw », du nom du sélectionneur sénégalais. Cette mesure vise à sanctionner tout joueur ou membre du staff qui quitterait le terrain en signe de protestation, une pratique qui avait marqué la finale de la CAN. Désormais, l’arbitre peut infliger un carton rouge dans de tels cas, une décision prise pour éviter une « sénégalisation » du football mondial, selon un délégué de la CAF présent à Vancouver.

Entre recours judiciaires, prisonniers politiques et rebondissements diplomatiques, la finale Sénégal-Maroc s’impose comme l’un des plus longs contentieux de l’histoire du football africain. Une affaire qui dépasse largement le cadre sportif pour s’inscrire dans une rivalité plus large entre les deux nations.

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