
L’APPROCHE DU MATCH
« La récompense de notre titre de Champion de France »
« Dès notre arrivée à l’hôtel, en plein coeur de Londres, on s’est immergés dans la vie anglaise et on a changé de dimension. L’idée était de savourer, profiter de ce moment, de cette chance unique d’affronter Arsenal(champion d’Angleterre en titre) à Wembley, sans stress, sans penser aux conséquences. On est en Ligue des champions ; ce match, c’est la récompense de notre titre de champion de France, il ne faut pas le galvauder. Donc, quoi qu’il arrive, on va donner le meilleur, sans complexe.
La veille, « Le Druide » (l’entraîneur Daniel Leclercq), nous a demandé de bien nous préparer sans penser aux enjeux. À la fin de l’entraînement, personne n’avait envie de quitter la pelouse. On avait déjà l’impression que tout se passait parfaitement. Quand notre car est arrivé près de Wembley, on a tout de suite senti que c’était ici, dans ce décorum, que s’écrivait l’histoire du foot, c’était magnifique.
Le discours d’avant-match était très simple : « On a mérité d’être là, il ne faut pas laisser passer notre chance, ne pas subir. Il va falloir attaquer, aller les chercher chez eux sans arrêt. » « Grand » (l’autre surnom de Leclercq) nous a donné l’image d’un combat de boxe, il voulait qu’on leur rentre dedans. »

LE PLAN DE JEU
« Pas de plan anti-Anelka et Overmars »
« On veut aller les agresser chez eux, transformer ce match en combat. « Jouez votre jeu, le reste, ce n’est pas important », nous a dit « Grand » et ça résume assez bien notre approche tactique. Pas de plan anti-Anelka, ni anti-Overmars, même si on sait que l’un est parmi les joueurs les plus rapides au monde et l’autre parmi les plus techniques. On a prévu de se reposer sur notre zone, notre agressivité et notre capacité à défendre en avançant.

Cette saison-là et la précédente, on était habitués à jouer à trois derrière. Pour être haut comme on le veut, il faut repasser à quatre et défendre en zone. Alors, concernant les deux centraux, (Cyrille) Magnier se charge de couvrir le côté droit et(Frédéric) Déhu le gauche, avec un plus grand rayonnement pour faire parler son sens de l’anticipation et du placement. Il doit organiser la ligne défensive.
Juste devant eux, Alex Nyarko reste très axial et bien plus fixe que les deux autres milieux aux énormes poumons, Cyril Rool et Mickaël Debève, qui doivent se projeter. Le parti pris, c’est de couper l’équipe en deux, cinq dans le bloc offensif et cinq dans le bloc défensif. C’est comme ça que notre 4-3-1-2 s’est mis en place. En attaque, Vladimir Smicer est positionné juste derrière nos deux attaquants, Tony Vairelles et Pascal Nouma dans des rôles d’électrons libres.

Ils doivent beaucoup permuter pendant que « Noum » s’occupe de fixer la charnière Keown-Adams dans l’axe et jouer en déviation sur les longs ballons. Moi ? Je dois m’adapter. Je suis vraiment plus habitué à avoir mes défenseurs proches de moi, compacts… Hauts comme ils sont, je comprends naturellement que je dois monter pour couper les courses d’Anelka, Wreh ou Overmars dans le dos. »
LA PREMIÈRE PÉRIODE
« On leur mène une guerre sur chaque ballon »
« Dès les premières minutes, on joue très haut, comme prévu, bloc quasiment sur la ligne médiane. Sauf que, dans la foulée, on prend un premier coup de chaud. Au bout de trois minutes, un centre arrive de ma gauche. Wreh, seul au point de penalty, contrôle de la poitrine et se rate au moment de tirer. Je souffle un grand coup et je me mets une gifle… On y est, c’est du sérieux.

Autre moment déterminant, ma sortie sur Overmars(6e). Sur ce ballon, je ne dois pas me louper. J’anticipe bien sa course, récupère la balle et finis très haut, à quelques mètres du rond central, côté droit. Ensuite, on leur pose des problèmes, on joue dans leur camp, nos attaquants prennent la profondeur et on a même la première frappe du match par Smicer. Ils ont quelques situations mais on en a autant.
Ça se bagarre, ça tire les maillots. À ce moment-là, on est comme Mike Tyson quand il dit : « Si ça avait été ma mère en face, je ne l’aurais pas reconnue. » Et puis, le tournant du match, c’est à la 31e quand Anelka part tout seul dans le dos de mes défenseurs. Je dois sortir. J’y vais, il me voit, il pousse son ballon. Ça va à deux mille à l’heure.
En sortant, je vois que je vais être en retard, alors je marque un petit temps d’arrêt et je me dis : « Si je continue dans mon idée de jouer le ballon, je suis mort. » Alors, je suis obligé d’anticiper le crochet, comme un défenseur, je tacle côté gauche et je lui prends le ballon dans les pieds. J’ai de la réussite parce que s’il le pousse un peu plus loin, c’est fini. »
LA MI-TEMPS
« Dans le vestiaire, ils se font recadrer par Wenger »
« On quitte le terrain à 0-0, sereins, satisfaits. Dans le vestiaire, je me souviens de beaucoup de calme, on écoute « Grand ». Il nous demande de resserrer les lignes. Sur certaines actions, on est un peu trop espacés. Comme on joue rapidement vers l’avant, avec quelques longs ballons sur Nouma, on se retrouve parfois en « accordéon », pas assez compacts. C’est dans ces phases de jeu-là qu’Anelka, entre autres, s’infiltre. C’est là qu’on concède des occasions. Il nous demande aussi quelques petits ajustements tactiques individuels mais rien de bouleversant.
Globalement, il nous dit qu’on fait le match qu’il faut et qu’il ne nous reste plus qu’à le faire basculer. Malgré notre grosse débauche d’énergie collective, personne ne semble tirer la langue, tous les mecs sont encore survoltés. Hormis ces petits ajustements tactiques, la mi-temps en elle-même est assez anecdotique. Au moment de quitter le vestiaire, on fonce, on sent qu’il y a quelque chose à faire. De l’autre côté, je l’ai su plus tard, les joueurs d’Arsenal se font recadrer par Arsène (Wenger). Ils sont piqués. »
LA SECONDE PÉRIODE
« Nos supporters ne s’arrêtent plus de chanter »
« Au retour, ils attaquent davantage sur notre côté droit, le côté d’Overmars. Toutes les actions dangereuses viennent de là. Sauf que la première grosse occasion de cette seconde période est pour nous, à la 52e. Après un centre à ras de terre de Smicer, le ballon arrive sur Nouma, à 2,50 m du but, qui l’envoie largement trop haut. C’est la meilleure occasion du match. Quand je me rends compte que ça finit au-dessus de la cage, c’est horrible.

Mais Pascal ne sort pas de son match, il continue à se battre. Le pressing et l’intensité que lui, « Vladi » (Smicer) et Tony (Vairelles) imposent au back four vieillissant d’Arsenal, leur posent beaucoup de problèmes. Ils s’attendaient à un match tranquille, physiquement ils en ont marre. Vers la 65e, sur une des multiples offensives impulsées par Overmars, le ballon arrive sur (Ray) Parlour à l’extérieur de la surface qui déclenche la première frappe cadrée des Gunners. Elle arrive au ras du sol et je réussis à vite me coucher pour la capter.
C’est dans la foulée de cette action qu’on marque notre but (73e). On perd le ballon pendant une offensive prometteuse, Tony est assez agressif et réussi à le gratter dans les pieds londoniens, il transmet à (Wagneau) Eloi (entré en jeu à la 61e) qui envoie sur « Vladi » et là on y est…

Parti s’excentrer côté gauche, à l’entrée de la surface, il provoque, feinte et envoie une sorte de centre-tir au ras du sol dans la zone parfaite, entre le gardien et les défenseurs. Ça leur passe tous sous le nez et « Micka » (Debève) qui avait suivi au second poteau (à l’extrême limite du hors-jeu) n’a alors plus qu’à conclure. Quand on marque, il y a une joie collective oui, mais très sobre, très contenue. Il reste vingt-cinq minutes, on est à Wembley, ce n’est pas le moment de perdre la tête.

À partir de là, les gars en face sont encore plus piqués. Leurs réflexes d’English Bad Boys prennent le dessus, ils veulent nous tabasser. L’ambiance est électrique, nos supporters ne s’arrêtent plus de chanter. Nous, on est survoltés, eux, ils n’arrêtent pas de balancer des longs ballons devant. La dernière occasion dangereuse du match arrive à la 89e minute. Sur un long ballon qui passe au-dessus de tout le monde, Marc Overmars se retrouve face à moi pleine surface. J’avance sur lui, ça le déstabilise, il tente de me lober mais il rate son geste et je capte le ballon.

J’étais en état d’hypervigilance de A à Z. Ce match, je le considère comme le meilleur de ma carrière. Je n’ai pas commis de fautes techniques ou tactiques, pas eu de sautes de concentration et je ne prends pas de but. Quand l’arbitre siffle la fin, c’est la joie la plus dingue. C’est le plus beau moment de nos vies de joueurs.
On prend conscience qu’on a fait quelque chose que personne n’a fait, que personne ne pourra jamais refaire (Arsenal, qui évoluait alors à Highbury, avait délocalisé ses matches de Ligue des champions dans l’ancien Wembley pour augmenter ses recettes billetterie). C’est mythique (les deux équipes, devancées par le Dynamo Kiev, seront éliminées à l’issue de cette phase de groupes). »

L’IMAGE QUI RESTE
« Tout seul dans Wembley »
« Je rentre au vestiaire, je prends mon temps dans la douche. Tout le monde part. Je suis tout seul et je veux encore savourer. Je ressors, et là c’est comme dans un film : je rentre sur la pelouse et pouf, pouf, pouf, les projecteurs qui s’éteignent un à un, il ne reste que les petites lumières à l’intérieur des tribunes qui éclairent un peu le stade. Il y a un peu de brouillard et je suis là, tout seul dans Wembley.

Je prends mon sac et je vais me mettre au premier rang, sur les strapontins, je me pose et je prends au moins dix minutes, je savoure. C’est irréel. Je me dis : « Ouais, pour un p’tit gars de Blanzy (sa ville natale en Bourgogne), c’est pas mal. » Je reste là, dans le silence. Ensuite, je prends un moment pour rendre grâce à Dieu, je dis : « Merci. Non seulement, j’ai gagné à Wembley mais, en plus, je suis le premier à l’avoir fait. Merci. » »
Il s’appelait Frisk. Andres ou Anders Frisk, l’un des deux. (Vrai. M. Anders Frisk.)1/1
Quelle était sa nationalité ?
Je ne sais plus trop… Je dirais danoise ou norvégienne. (Faux. Suédoise.)1/2
Combien y avait-il de supporters lensois à Wembley ?
Il y en avait aux alentours de 8 000, je dirais. (Vrai.)2/3
Combien de tirs cadrés pour Arsenal ?
Un seul. (Faux. Deux tirs cadrés.)2/4
Combien de tirs au total pour Lens, à un près ?
Je crois qu’on en a eu 10. (Faux. 15 tirs.)2/5
Combien y a-t-il eu de fautes lensoises, à cinq près ?
Il n’y en a pas beaucoup, je crois… (Il réfléchit.) C’est la question qui tue, ça ! (Rires.) Je dirais dix par mi-temps, donc vingt au total ? (Vrai. 19 fautes.)3/6
Quel joueur a été le premier averti ?
Alex Nyarko ou Cyril Rool (Faux. Éric Sikora, 47e. Puis Cyril Rool, 90e)3/7
À quelle minute l’arbitre a-t-il sifflé la fin du match ?
Il faut compter les interruptions à la fin… Le carton rouge de Vairelles (à la 90e pour une altercation avec Dixon), l’échauffourée… J’hésite entre 92e et 94e… Je vais dire fin du match à la 94e (Vrai.) 4/8 »

