Ibrahim Traoré rejette la démocratie et annonce un nouveau système pour le Burkina Faso

Ibrahim Traoré rejette la démocratie et annonce un nouveau système pour le Burkina Faso

Le Burkina Faso doit tourner la page de la démocratie, selon le chef de l’État

Portrait du capitaine Ibrahim Traoré, vêtu d'une tenue militaire beige et d'un béret rouge

Lors d’une interview diffusée sur une chaîne de télévision nationale, le capitaine Ibrahim Traoré, à la tête du Burkina Faso depuis 2023, a marqué les esprits en déclarant que le pays devait « oublier la démocratie ». Pour lui, ce système politique ne correspond pas aux réalités africaines et, plus spécifiquement, à celles du Burkina Faso.

« Les citoyens doivent abandonner l’idée de démocratie. Ce système ne nous convient pas », a-t-il affirmé de manière catégorique. Selon le chef de l’État, la démocratie est un modèle importé, souvent accompagné de violences lorsqu’il est imposé par les puissances occidentales. Il a illustré ses propos en citant la Libye, un pays voisin plongé dans le chaos depuis la chute de Mouammar Kadhafi, dont le régime autoritaire avait pourtant apporté des avancées sociales.

Un système politique alternatif en construction

Ibrahim Traoré a justifié sa position en expliquant que la plupart des Africains ne souhaitaient pas du modèle démocratique occidental. Il a ajouté que le Burkina Faso développerait sa propre approche, sans préciser davantage, si ce n’est qu’elle reposerait sur la souveraineté, le patriotisme et une mobilisation révolutionnaire.

Il a insisté sur l’importance de la participation des chefs traditionnels et des structures locales dans ce nouveau système. « Nous n’essayons pas d’imiter qui que ce soit. Nous voulons transformer radicalement la manière dont les affaires du pays sont gérées », a-t-il déclaré.

Une critique acerbe des partis politiques

Le capitaine Traoré a également critiqué les partis politiques, qu’il qualifie de sources de division et de corruption. Lors de son intervention, il a vivement dénoncé les hommes politiques burkinabè, les décrivant comme des « menteurs », des « flatteurs » et des « beaux parleurs ». Pour lui, ces figures incarnent les travers du système démocratique traditionnel.

Cette prise de position s’inscrit dans le cadre d’une série de mesures radicales prises par la junte. En janvier 2026, les autorités ont interdit tous les partis politiques, une décision présentée comme une étape vers la « reconstruction de l’État ». Leur patrimoine a été transféré à l’État, marquant une rupture nette avec le passé politique du pays.

Un projet économique et militaire ambitieux

Au-delà de la refonte politique, Ibrahim Traoré a mis en avant la nécessité d’une autonomie économique et militaire. Il a souligné que les journées de travail de six à huit heures ne suffiraient pas pour permettre au Burkina Faso de rattraper son retard face aux nations plus développées. « Nous devons travailler dur et innover pour bâtir un avenir prospère », a-t-il affirmé.

Cette vision s’accompagne d’une politique de répression envers toute forme de dissidence. Les opposants, les médias indépendants et les membres de la société civile font régulièrement l’objet de restrictions. Certains détracteurs du régime ont même été envoyés sur les lignes de front pour combattre les groupes armés islamistes, dans ce qui ressemble à une forme de punition déguisée.

Un soutien continental malgré les controverses

Malgré ces mesures controversées, Ibrahim Traoré bénéficie d’un soutien significatif sur le continent africain. Sa rhétorique panafricaniste et sa critique de l’influence occidentale lui valent une popularité certaine, notamment auprès de ceux qui dénoncent l’héritage colonial et l’ingérence étrangère.

Le Burkina Faso n’est pas seul dans cette voie. Le Mali et le Niger, dirigés également par des juntes militaires, ont rompu leurs collaborations avec les pays occidentaux, en particulier la France, dans la lutte contre l’insurrection islamiste qui frappe la région depuis plus d’une décennie. Ces trois pays se tournent désormais vers la Russie pour obtenir un soutien militaire, mais la situation sécuritaire reste préoccupante.

Les violences ne montrent aucun signe de ralentissement, et les populations civiles en paient le prix fort. Selon un rapport récent, plus de 1 800 civils ont péri au Burkina Faso depuis l’arrivée au pouvoir d’Ibrahim Traoré en 2023. L’organisation Human Rights Watch attribue les deux tiers de ces décès à l’armée et aux milices pro-gouvernementales, le reste étant imputé aux groupes jihadistes.

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