Gabon : les dessous de la première Journée nationale du retraité

Gabon : les dessous de la première Journée nationale du retraité
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Une journée pour inscrire les aînés dans l’agenda social

Le Gabon a franchi un cap symbolique en instituant, le 1er octobre 2026, la toute première Journée nationale du retraité et de la personne âgée. Une initiative qui ne se limite pas à une simple célébration : elle traduit la volonté d’ancrer le vieillissement, la retraite et la transmission intergénérationnelle au cœur des politiques sociales. À Libreville, la journée a été pensée comme un point de départ, non comme une fin en soi.

Un événement entre protocole et esplanade

Placée sous le thème « Le bien-être du retraité et de la personne âgée à l’ère de la Vème République », la manifestation s’est déroulée en deux temps. D’abord au Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, à la Cité de la Démocratie, pour la cérémonie officielle. Ensuite sur l’esplanade d’Arambo, transformée en un espace vivant dédié aux expositions, aux rencontres et aux animations. Une manière de sortir du seul cadre institutionnel pour créer un véritable lieu d’échange.

Des distinctions qui interrogent l’avenir

En représentant le président Brice Clotaire Oligui Nguema, le vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, a souhaité donner à cette première édition une portée qui dépasse le simple hommage. Enseignants, infirmiers, militaires, cultivateurs, fonctionnaires ou commerçants ont été mis à l’honneur pour des décennies consacrées au développement du pays. Mais derrière les applaudissements, une question structurelle demeure : comment la société accompagne-t-elle concrètement ceux qui ont bâti le Gabon lorsque vient l’heure de la retraite ?

Reconnaissance ou protection : le vrai enjeu

Hermann Immongault a rappelé le rôle des générations précédentes, qui ont travaillé, enseigné, soigné, administré, construit et cultivé. Une mémoire collective précieuse, mais qui ne peut rester uniquement commémorative. Elle pose la question de la dignité matérielle et sociale des personnes âgées. Accès aux soins, aide à domicile, transports adaptés, espaces de loisirs, infrastructures accessibles et accompagnement social : autant de sujets que les politiques publiques doivent désormais intégrer. Le vieillissement ne se résume donc pas aux pensions ; il touche à la santé, à l’urbanisme, à la mobilité et à la qualité de vie.

La CPPF passe à l’action

Instituée lors du Conseil des ministres du 25 juin 2026, la Journée nationale du retraité et de la personne âgée sera célébrée chaque 1er octobre, en parallèle de la Journée internationale des personnes âgées des Nations unies. Cette inscription au calendrier national confère à la question une continuité institutionnelle. La Caisse des pensions et des prestations familiales des agents de l’État (CPPF) a profité de cette première édition pour présenter des avancées concrètes. Sous le slogan « Solidaire aujourd’hui, pour un avenir prospère », elle a mis en avant la digitalisation des services, la réduction des délais de traitement à moins de quinze jours et le renforcement de la transparence.

Un impact direct sur la confiance des bénéficiaires

Pour les retraités, ces changements ne sont pas anodins. Une pension versée dans les délais, un dossier traité plus rapidement ou une procédure plus lisible conditionnent directement la confiance dans le système. La modernisation administrative est d’autant plus cruciale que la relation entre l’État et ses retraités ne se limite pas au versement d’une prestation. Elle repose aussi sur la capacité de l’administration à reconnaître les droits acquis et à maintenir un lien de confiance avec ceux qui ont servi le pays.

Le village des bivundas : un espace de transmission

Le « village des bivundas » a prolongé cette dynamique en offrant aux retraités un lieu dédié à la culture, aux échanges et à la transmission. Ateliers, stands, discussions, activités médicales et animations ont transformé la journée en un véritable point de rencontre. Une façon de dépasser la simple cérémonie pour créer du lien.

Vers une solidarité intergénérationnelle renforcée

Les discours prononcés durant la journée ont convergé vers une même idée : les personnes âgées ne doivent pas être réduites à leur statut de retraités. Elles restent détentrices d’une expérience, d’une mémoire professionnelle et de savoirs à transmettre. Michel Tsamba, secrétaire général du ministère des Finances, de la Dette et des Participations, a présenté la célébration comme un hommage à ceux qui ont contribué à l’encadrement et à la transmission. Judith Mengue, cheffe de la délégation provinciale de l’Estuaire de la CPPF, a insisté sur la mémoire et les savoirs dont les aînés sont les dépositaires.

Un chantier qui ne fait que commencer

Cette approche ouvre un chantier plus large. Une politique ambitieuse en faveur des personnes âgées devra articuler protection sociale, santé, autonomie, logement, mobilité et participation à la vie collective. Elle devra aussi éviter un écueil fréquent : considérer les seniors uniquement sous l’angle de la dépendance, alors qu’ils peuvent constituer une ressource sociale, culturelle et économique. La première Journée nationale du retraité et de la personne âgée marque donc davantage qu’un nouveau rendez-vous au calendrier. Elle pose les fondations d’une politique du vieillissement qui devra désormais être jugée sur ses effets quotidiens.

Après la fête, les attentes

Les distinctions honorifiques, la tombola et l’animation musicale ont clos cette première édition dans une atmosphère festive. Mais le véritable rendez-vous commence après les célébrations. Il se jouera dans la capacité de l’État à rendre les droits plus accessibles, les services plus efficaces et la vieillesse plus digne. Honorer les aînés est un acte de mémoire. Leur garantir une place pleine et entière dans la société relève, lui, d’un choix durable de politique publique.

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Fatoumata Diarra

Journaliste