Crise au Mali : enjeux géopolitiques et fragilité de l’alliance des états du Sahel

Crise au Mali : enjeux géopolitiques et fragilité de l’alliance des états du Sahel

Crise au Mali : un basculement géopolitique qui redessine les équilibres du Sahel

Drapeau du Mali flottant

Depuis 2012, le Mali fait face à une crise multidimensionnelle qui a profondément bouleversé la géopolitique de la région sahélienne. L’État malien, affaibli par l’émergence de groupes armés et l’intervention de puissances étrangères, voit son autorité s’effriter progressivement. Longtemps considéré comme un partenaire clé dans la lutte antiterroriste occidentale, le pays a opéré un virage stratégique majeur en 2022 en exigeant le retrait des troupes françaises, marquant ainsi le début d’une nouvelle ère marquée par l’influence russe.

Ce revirement s’est concrétisé en septembre 2023 avec la création de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. L’objectif affiché était de s’émanciper de l’influence occidentale et de promouvoir une souveraineté régionale. Cependant, ce projet se heurte aujourd’hui à des défis militaires et diplomatiques majeurs. Les offensives coordonnées du JNIM et du FLA, couplées à l’instabilité politique et au repositionnement des forces russes, menacent de fragiliser cette alliance naissante.

Mais comment l’effondrement sécuritaire actuel et les retraits précipités des forces étrangères révèlent-ils les limites du projet souverainiste de l’AES, dans un contexte géopolitique régional de plus en plus complexe ?

L’effondrement du pouvoir malien : entre offensive djihadiste et instabilité politique

La séquence récente a débuté par une série de signes avant-coureurs : l’assassinat d’un soldat malien à Konna le 20 avril et l’attaque de Tessit par l’État islamique au Sahel deux jours plus tard. Ces événements ont révélé la porosité des défenses maliennes et l’affaiblissement du commandement central. L’arrestation de figures militaires emblématiques, comme les généraux Abass Demblélé et Kéba Sangaré, a exacerbé un climat de méfiance et de terreur au sein des forces de sécurité.

Le retrait des forces françaises a laissé un vide sécuritaire que les solutions locales, malgré le soutien russe, peinent à combler. L’arrivée des groupes Wagner a paradoxalement aggravé la situation : les exactions contre les populations civiles se sont multipliées, illustrant une stratégie de lutte antiterroriste brutale, dont l’opération « Mourrah » reste l’exemple le plus marquant. Face à cette escalade, la junte malienne voit son discours souverainiste s’effriter, tandis que la population, confrontée à une insécurité persistante et à une dégradation économique, perd confiance dans ses dirigeants.

Le 25 avril 2026, une offensive d’une rare intensité a frappé simultanément plusieurs points stratégiques : Mopti, Konna, Sévaré, Bourem, Gao, l’aéroport international de Bamako et la base militaire de Kati. À Kati, un attentat-suicide a détruit la résidence du ministre de la Défense, Sadio Camara, et blessé gravement les généraux Modibo Koné et Oumar Diarra. L’exfiltration du président Assimi Goïta a révélé l’effondrement du commandement politico-militaire, mettant en lumière la vulnérabilité du régime.

Le même jour, le JNIM a revendiqué ces attaques et annoncé, en coordination avec le FLA, la prise de Kidal. Le 26 avril, les forces russes d’Africa Corps ont négocié un retrait précipité, abandonnant la ville après avoir laissé derrière elles du matériel et des munitions. Le 27 avril, la présidence est restée silencieuse, tandis que l’armée évoquait un simple « repositionnement », en totale déconnexion avec la réalité du terrain. Des sources locales et régionales rapportent des mouvements de troupes désorganisés, des désertions massives et des ruptures de communication entre les états-majors.

Entre le 28 avril et le 1er mai, la situation s’est encore détériorée. Des attaques coordonnées ont paralysé les axes routiers reliant Gao, Ménaka et Ansongo, isolant les principales garnisons de l’Est. Face à cette manœuvre d’encerclement, le dispositif sécuritaire malien a montré des signes de rupture. Plusieurs unités loyalistes ont entamé un repli vers Ségou et Koulikoro, une retraite précipitée à la fois sous la pression des groupes armés et en raison d’une désorganisation croissante au sein du commandement.

Parallèlement, des affrontements internes au sein de l’armée ont éclaté, alimentant les rumeurs d’un coup d’État en préparation. L’absence prolongée d’Assimi Goïta de la scène publique a intensifié les spéculations sur une possible vacance du pouvoir. Dans ce contexte de tensions extrêmes, des initiatives de dialogue sont en cours en Algérie et en Mauritanie pour tenter de trouver une issue politique.

Cependant, le succès de ces efforts diplomatiques se heurte à une réalité de terrain de plus en plus complexe : l’émergence d’une alliance tactique entre le FLA et le JNIM.

L’alliance FLA-JNIM : une menace asymétrique et un contrôle des ressources stratégiques

L’alliance entre le Front de Libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM) représente l’un des développements les plus critiques de la crise malienne. Cette convergence, issue de trajectoires historiques distinctes, repose sur un objectif commun : chasser la junte malienne et reprendre le contrôle du Nord et du Centre du pays. Mais au-delà des ambitions politiques, cette alliance vise surtout à s’emparer des corridors stratégiques qui structurent les économies criminelles du Sahel.

Le FLA, héritier des rébellions touarègues des années 1990, 2006 et 2012, porte des revendications identitaires et territoriales longtemps ignorées par Bamako. Les accords de Tamanrasset (1991), puis ceux d’Alger (2006 et 2015), n’ont pas permis de résoudre durablement ces tensions, alimentant un sentiment de marginalisation durable. Après 2015, les divisions internes et les purges menées par la junte ont affaibli les structures touarègues, ouvrant la voie à une recomposition dont le FLA est aujourd’hui l’expression la plus aboutie.

Le JNIM, issu de la fusion en 2017 d’Ansar Dine, Al-Mourabitoune et de la Katiba Macina, a consolidé son ancrage malien dès les années 2000. Depuis 2025, le groupe a adopté une stratégie ambigüe de « nationalisation », cherchant à se présenter comme un interlocuteur politique local tout en maintenant un niveau extrême de violence : violations des droits humains, décentralisation du pouvoir et exploitation des tensions communautaires. Cette approche lui permet d’étendre son influence dans les zones rurales du Centre et du Nord, en capitalisant sur la corruption et l’inefficacité des services publics.

L’alliance FLA-JNIM repose sur une maîtrise avancée de la guerre asymétrique. Le JNIM déploie des tactiques hybrides, combinant l’utilisation de véhicules piégés (VBIED) pour créer des brèches, des motos rapides pour exploiter ces ouvertures, et des engins explosifs improvisés (IED) pour paralyser les mouvements de l’armée. Le groupe utilise également des drones, des infiltrations nocturnes et une campagne systématique d’assassinats ciblés pour saper le moral des troupes et briser la chaîne de commandement. Dans le même temps, le FLA apporte une expertise territoriale cruciale : connaissance des pistes, mobilité extrême, capacité à tenir des zones symboliques comme Kidal et à exploiter les réseaux tribaux.

Au-delà de l’aspect militaire, le conflit actuel est aussi une lutte pour le contrôle des ressources et des corridors commerciaux, licites ou illicites. En s’emparant du triangle stratégique Kidal-Gao-Mopti, le JNIM et le FLA cherchent à sanctuariser les axes de transit essentiels à l’économie de guerre. Le contrôle de ces routes permet de capter les rentes issues de la contrebande (or, carburant) et des trafics illégaux (stupéfiants, migrations), transformant ainsi le contrôle territorial en un levier financier vital. Cette logique s’applique également sur l’axe Bamako-Kayes-Bakel, où des droits de péage sont prélevés quotidiennement sur les 3 000 camions ravitaillant le Mali via le port de Dakar.

La fermeture de ces corridors a saturé les capacités de réaction de l’armée malienne, transformant une guerre de mouvement en un effondrement systémique. La chute rapide de Kidal, Gao et Sévaré illustre l’efficacité de la complémentarité FLA-JNIM face à un commandement désormais acéphale. Ces revers, couplés aux rumeurs de coup d’État à Bamako, confirment que la crise dépasse désormais le cadre sécuritaire pour toucher à l’existence même de l’État malien.

Cette situation de vide politique et militaire profite également à l’État islamique au Sahel (EIS), qui étend son influence dans un contexte d’effondrement des structures étatiques.

L’État islamique au Sahel (EIS) : un acteur en embuscade dans le chaos sahélien

L’État islamique au Sahel (EIS) incarne aujourd’hui l’un des acteurs les plus imprévisibles et dangereux de la région. Depuis 2023, le groupe a consolidé sa présence dans le couloir Ménaka-Ansongo, profitant de l’effondrement des institutions maliennes et des rivalités entre factions armées pour étendre son emprise sur les zones transfrontalières entre le Mali et le Niger. Contrairement au JNIM, qui cherche à se « localiser », l’EIS mise sur une stratégie d’expansion fondée sur la terreur : élimination des communautés hostiles et capture des routes commerciales.

L’effondrement du commandement malien crée un espace stratégique que l’EIS pourrait exploiter, soit en défiant directement le JNIM pour le leadership djihadiste, soit en s’emparant de nouveaux sanctuaires dans un territoire désormais fragmenté. Dans un contexte où l’AES échoue à mutualiser ses forces, l’EIS apparaît comme le principal bénéficiaire potentiel de la crise malienne. Ce scénario est d’autant plus probable que le retrait précipité d’Africa Corps a laissé un vide sécuritaire que ni l’armée malienne, affaiblie, ni ses alliés régionaux ne sont en mesure de combler.

L’Africa Corps au Mali : l’échec d’un modèle de sécurité par procuration

Depuis 2022, la Russie utilise le Mali comme un laboratoire pour tester sa stratégie de sécurité en Afrique. Moscou agit comme un fournisseur de sécurité « sur mesure », échangeant armes, instructeurs et mercenaires contre des concessions minières, un accès logistique privilégié et des avantages politiques. Cette approche repose sur une logique purement extractive : la sécurisation des gisements d’or et de lithium prime sur toute ambition de développement local.

Cinq ans après le déploiement initial des groupes Wagner, la présence russe s’est institutionnalisée sous la bannière de l’Africa Corps. Ce contingent, estimé entre 1 000 et 1 200 hommes, est placé sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense et dispose d’un état-major tactique basé à Bamako. Pourtant, malgré cette organisation structurée, le bilan sécuritaire est plus que mitigé. Loin de stabiliser la région, l’intensification des violences et la perte de contrôle des zones rurales révèlent les limites d’un modèle de « sécurité par procuration ». La substitution des forces nationales par un contingent étranger n’a pas permis d’endiguer la menace, illustrant l’inadéquation du dispositif russe avec la réalité malienne.

Les revers subis à Kidal et Gao fin avril 2026 marquent l’échec structurel de ce partenariat. Le retrait négocié des forces russes, abandonné après des pourparlers, symbolise une rupture tactique majeure et transforme le « partenaire stratégique » en un acteur en pleine retraite. Plus significatif encore, la tentative de communication directe du JNIM vers le Kremlin, proposant un pacte de non-agression qui ignore délibérément le gouvernement malien, parachève l’isolement diplomatique de Bamako. Ce geste confirme que le centre de gravité des décisions n’appartient plus à la junte, mais aux groupes armés et aux puissances étrangères.

La position russe est d’autant plus fragilisée que la Turquie s’impose comme une alternative sécuritaire. Depuis plusieurs mois, Ankara fournit au Mali des drones, des munitions guidées, des véhicules blindés légers et des systèmes de surveillance. Ces équipements, plus flexibles, plus rapides à livrer et souvent moins coûteux, séduisent une partie de l’appareil militaire malien. Ils alimentent également des rivalités internes au sein de la junte : certains officiers se rapprochent du partenariat turc, tandis que d’autres restent alignés sur Moscou. Cette compétition affaiblit davantage la cohésion du commandement déjà ébranlé par la mort du ministre de la Défense Sadio Camara, les blessures du général Modibo Koné et l’absence prolongée d’Assimi Goïta.

Par ailleurs, le recours à des forces privées turques pour assurer la sécurité du chef de l’État suggère un désaveu des contingents russes, dont l’influence semble désormais remise en question. Ce basculement de la posture russe, passant d’une offensive souverainiste à une retraite défensive, révèle les limites structurelles de l’offre de sécurité de Moscou face à une menace multisectorielle. Dans le même temps, l’émergence de l’alternative turque affaiblit le levier d’action russe au Mali, imposant un retour forcé à la diplomatie régionale.

L’Algérie, acteur clé d’une recomposition sahélienne silencieuse mais déterminante

Depuis les années 1990, l’Algérie occupe une place centrale dans la gestion de la crise malienne. Elle a parrainé les accords de Tamanrasset (1991) puis ceux d’Alger (2006 et 2015), cherchant à maintenir un équilibre entre les différents groupes armés du Sahara et à éviter la présence de forces étrangères à ses frontières. Pour Alger, le Nord-Mali constitue une zone tampon vitale pour sa propre sécurité nationale.

La stratégie algérienne repose sur deux piliers : interdire la présence de contingents étrangers à ses frontières et maintenir un équilibre constant entre les factions armées locales. Alger privilégie un Mali ni totalement effondré, ni pleinement autonome, afin de rester l’interlocuteur indispensable dans toute future recomposition politique ou militaire. Pour ce faire, elle capitalise sur ses liens historiques avec les communautés touarègues tout en surveillant les groupes djihadistes issus du GSPC et d’AQMI, dont les cadres sont majoritairement issus de l’insurrection algérienne des années 1990.

Cette architecture diplomatique s’est effondrée sous le poids de deux ruptures majeures. D’une part, la junte malienne a brisé le premier pilier de la doctrine algérienne en sollicitant l’intervention massive de l’Africa Corps. D’autre part, le rapprochement entre Alger et Nouakchott s’est accéléré, avec le soutien politique de la Mauritanie et des financements provenant de partenaires régionaux. Enfin, l’influence croissante du Maroc auprès de la junte malienne pousse désormais l’Algérie à durcir sa vigilance régionale. Bamako, en facilitant l’accès de l’AES à l’océan Atlantique et en renforçant ses partenariats économiques, étend l’influence de Rabat au Sahel. Pour Alger, cette présence marocaine à sa frontière sud est perçue comme « une manœuvre d’encerclement stratégique ».

Dans la crise actuelle, l’Algérie se positionne comme l’acteur silencieux mais incontournable. Elle a refusé la présence de mercenaires russes à Kidal et obtenu de Moscou un retrait conforme à sa doctrine sécuritaire. Elle se présente ainsi comme le médiateur indispensable, bien que contesté par Bamako, pour toute future initiative de paix ou de stabilisation. Cependant, Alger doit composer avec l’émergence de l’AES, une alliance régionale dont les discours peinent encore à se traduire en capacités militaires réelles.

L’AES, entre ambition souverainiste et impuissance opérationnelle

Créée en septembre 2023, l’Alliance des États du Sahel (AES) regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger autour d’un projet souverainiste ambitieux. L’objectif est de s’émanciper des organisations régionales classiques, de contourner les pressions internationales et d’instaurer une autonomie sécuritaire. Les juntes membres affichent des ambitions majeures, allant de la création d’une force antiterroriste conjointe à l’établissement d’un marché commun et d’un corridor logistique vers l’Atlantique.

Pour soutenir cette vision, les trois régimes multiplient les partenariats avec de nouveaux alliés stratégiques comme la Russie, la Turquie, l’Iran et les Émirats arabes unis. Pourtant, ces projets restent pour l’instant au stade des déclarations. L’AES, à l’image de la force conjointe annoncée par les juntes, reste largement symbolique, faute de commandement intégré, de doctrine commune et de capacités opérationnelles réellement mobilisables. L’incapacité totale de l’AES à réagir lors de la chute de Kidal, puis lors des dernières offensives coordonnées, illustre le fossé abyssal entre les ambitions politiques et la réalité militaire. Aucun mécanisme de solidarité opérationnelle n’a été activé, et aucun contingent n’a été déployé pour soutenir le Mali dans sa crise.

Les trois États membres de l’AES sont aujourd’hui enlisés dans une spirale de crises profondes. Sur le plan sécuritaire, l’érosion du contrôle des frontières s’accélère face à la prolifération des groupes armés. Cette instabilité est doublée d’une crise économique critique, asphyxiée par les sanctions et l’absence d’investissements. Enfin, l’alliance est fragilisée par une crise institutionnelle interne, où les purges successives compromettent la cohésion nationale. La rupture avec la CEDEAO isole davantage l’AES, qui se retrouve sans partenaires régionaux capables de compenser ses faiblesses militaires.

L’AES s’apparente ainsi davantage à un outil de légitimation politique pour les régimes en place qu’à une alliance militaire capable de stabiliser durablement la région. Ce décalage entre les ambitions et les résultats sur le terrain ouvre une période d’incertitude majeure pour le Sahel.

Dynamiques sahéliennes : quatre scénarios pour anticiper la recomposition régionale

Une analyse des dynamiques sahéliennes à travers le prisme de la géopolitique prédictive permet de déchiffrer les signaux faibles et d’anticiper les ruptures stratégiques susceptibles de redéfinir l’équilibre régional. Quatre trajectoires futures se dégagent, dont la réalisation dépendra de l’évolution des rapports de force et des interactions entre acteurs.

Scénario central : une stagnation des tensions, marquée par la poursuite des attaques et une dégradation continue de l’économie, laissant l’AES au stade de cadre politique sans traduction militaire concrète. Dans ce cas, la crise malienne resterait un conflit prolongé, sans vainqueur ni vaincu, mais avec une population civile toujours plus sacrifiée.

Scénario optimiste : une stabilisation relative pourrait émerger si une médiation algérienne parvenait à instaurer une initiative de paix, réduisant ainsi les offensives du JNIM et du FLA. Cette issue permettrait de desserrer l’étau sur Bamako et d’envisager une reprise du dialogue politique.

Scénario pessimiste : le déclenchement d’une attaque terroriste majeure contre une cible stratégique suffirait à précipiter l’effondrement sécuritaire et social, ouvrant la voie à une fragmentation encore plus poussée du territoire malien et à une radicalisation accrue des groupes armés.

Scénario de rupture : un événement imprévisible, tel qu’un coup d’État interne ou une explosion sociale, viendrait brutalement renverser la junte au pouvoir, plongeant le Mali dans une nouvelle phase d’incertitude politique et militaire.

Le Sahel à l’épreuve du vide : vers une recomposition totale de la région ?

La pérennité du pouvoir d’Assimi Goïta semble aujourd’hui suspendue à une conjoncture particulièrement fragile. Tout dépend de sa capacité à rétablir un commandement crédible dans un appareil d’État disloqué. La mort de Sadio Camara et la mise hors-jeu de Modibo Koné ont brisé l’ossature sécuritaire de la junte. L’absence prolongée du président alimente les spéculations et attise les rivalités internes, ouvrant la voie à un possible renversement. L’armée, affaiblie par les purges et la démoralisation, n’est plus un instrument de souveraineté, mais un corps fragmenté dépendant d’alliés extérieurs désormais jugés volatils.

Depuis 2025, le blocus du JNIM autour de Bamako a épuisé les ressources de la capitale. L’attaque du 25 avril en est la preuve : elle révèle la vulnérabilité du centre politique et accélère la crise sociale, exposant l’effondrement de l’État. Le Mali ne perd pas seulement du terrain militaire ; il perd aussi la maîtrise de son récit souverainiste. Le retrait d’Africa Corps, la montée en puissance de l’alliance FLA-JNIM, l’émergence de la Turquie comme acteur sécuritaire et le retour affirmé de la diplomatie algérienne montrent un pays redevenu un espace d’influence où les puissances extérieures redessinent les équilibres régionaux.

Dans cette recomposition, la population malienne reste la grande sacrifiée : elle subit l’insécurité, endure l’isolement diplomatique, affronte une contraction économique et n’a plus de perspectives politiques. Sa souveraineté est confisquée, que ce soit par les militaires, les groupes armés ou les puissances étrangères. Chacun poursuit son agenda au détriment des aspirations démocratiques, fragilisées depuis 2012 et aujourd’hui plus éloignées que jamais. Le retour à une souveraineté populaire devient incertain.

Enfin, le Burkina Faso apparaît comme le prochain maillon vulnérable. Ses frontières sont poreuses, les groupes armés progressent, les institutions s’affaiblissent et la dépendance aux partenaires extérieurs augmente. La crise malienne n’est plus un épisode isolé : elle ouvre une séquence de déstabilisation régionale dont les effets dépasseront largement le Sahel central. Face à ce péril, il est crucial d’évaluer les risques d’une évolution du Sahel en termes de répercussions sur l’Europe, notamment en ce qui concerne les flux migratoires, les trafics de toutes sortes et l’émergence de groupes armés capables de déstabiliser les États du golfe de Guinée.

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