Condamnation d’adama sangaré dans l’affaire foncière de Bamako : la défense peut-elle faire vaciller une décision historique ?

Condamnation d’adama sangaré dans l’affaire foncière de Bamako : la défense peut-elle faire vaciller une décision historique ?
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Adama Sangaré, ancien maire du district de Bamako, a-t-il été victime d’une confusion entre faute administrative et infraction pénale ? La question se pose après sa condamnation à dix ans de réclusion criminelle pour des opérations de morcellement et d’attribution de terrains dans la zone de Bamako-Sénou. Pourtant, à chaque étape du procès, ses avocats ont méthodiquement démonté les accusations, soulevant des objections majeures sur la légitimité des poursuites.

Une condamnation qui interroge : droit administratif ou pénal en jeu ?

Au cœur du débat judiciaire se trouve un dilemme fondamental : les actes reprochés à Adama Sangaré relèvent-ils de la compétence des juridictions administratives ou pénales ? La défense conteste avec force la qualification des faits, soulignant que les décisions de lotissement et de régularisation prises dans le cadre de ses fonctions s’inscrivaient dans une logique administrative.

Pour l’avocat de l’ancien édile, les irrégularités éventuelles ne constituent pas, en soi, des infractions pénales. Il argue que la seule existence d’un désaccord sur la légalité d’un acte municipal ne justifie pas une qualification criminelle. Cette position a conduit à contester la compétence même de la Chambre criminelle du Pôle national économique et financier, une exception rejetée en début de procès, mais qui pourrait resurgir en appel.

Un précédent judiciaire ignoré ? La Cour suprême dans la ligne de mire

La défense s’appuie sur une décision antérieure de la Cour suprême, qu’elle estime déterminante pour réévaluer la recevabilité des poursuites actuelles. Bien que les magistrats aient validé la poursuite des débats, cette argumentation pourrait devenir un pilier de l’appel. L’objectif ? Démontrer que l’intervention du Pôle économique et financier empiète sur le domaine réservé aux juridictions administratives.

Instructions présidentielles et contexte politique : une défense qui s’élargit

Adama Sangaré ne se contente pas de contester les aspects techniques du dossier. Il invoque un contexte politique et social bien plus vaste : des opérations foncières réalisées, selon lui, sur instruction verbale de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta, décédé en 2022. Ces gestes auraient visé à faciliter l’accueil de populations du Nord du Mali dans le cadre des politiques de réconciliation nationale.

Cette ligne de défense vise à humaniser les actions de l’ancien maire et à les replacer dans une dynamique nationale. Pourtant, le ministère public n’a pas validé cette interprétation, insistant sur l’absence de preuves tangibles des dites instructions et sur le non-respect des procédures légales d’attribution.

Les limites d’un argument politique face à la rigueur juridique

Si les motivations politiques peuvent influencer l’appréhension des faits, elles n’effacent pas les obligations légales pesant sur les autorités locales. L’accusation rappelle que les règles de droit public doivent s’appliquer avec une égale rigueur, quel que soit le contexte. Cette tension entre logique administrative et exigences pénales alimente l’une des controverses les plus vives de ce procès.

Finances et responsabilité : l’autre front de la défense

Les aspects financiers du dossier ont occupé une place centrale lors des débats. L’accusation évoque des irrégularités financières majeures, dont un préjudice évalué à 483,964 millions de francs CFA et 49,39 millions liés aux frais d’édilité. Adama Sangaré rejette ces accusations, affirmant que les exonérations accordées relèvent de ses prérogatives et que sa responsabilité personnelle dans la gestion de certains fonds reste à établir.

Le tribunal n’a pas suivi cette argumentation, condamnant l’ancien maire à participer solidairement au paiement des frais de démolition, en plus de 50 millions de francs CFA de dommages et intérêts. Une décision qui illustre la difficulté, pour la défense, de dissocier responsabilité individuelle et pratique administrative.

Une condamnation qui dépasse le seul cas de Sangaré

Adama Sangaré n’est pas le seul à avoir écopé de lourdes peines dans cette affaire. Les anciens sous-préfets Daha Keïta et Ibrahim Koïta ont été condamnés à dix ans de prison, tout comme Adam Aïché Traoré, Fatouma Samassékou et Bourama Komagara. Un mandat d’arrêt a même été émis contre Souleymane Dagnon, ancien maire de la Commune VI, condamné à vingt ans de réclusion en son absence.

En revanche, Sékou Keïta a été acquitté, ce qui ajoute une dimension contrastée à ce jugement. Les peines prononcées reflètent-elles une volonté de sanctionner sévèrement les dysfonctionnements du système, ou révèlent-elles des inégalités dans l’appréciation des responsabilités ?

L’appel, ultime rempart contre l’arbitraire ?

La défense a d’ores et déjà annoncé son intention de faire appel. Une étape cruciale qui pourrait rebattre les cartes et offrir une nouvelle lecture des faits. L’enjeu dépasse le seul sort de l’ancien maire : c’est toute la gestion du domaine foncier public au Mali qui est questionnée.

Cette affaire rappelle avec acuité la nécessité de clarifier les frontières entre responsabilité administrative, pénale et politique. Elle interroge aussi la transparence des procédures foncières, un sujet sensible dans un pays où les terres occupent une place stratégique tant sur le plan économique que social.

Entre respect des droits de la défense et exigence de justice, l’appel d’Adama Sangaré pourrait bien être le théâtre d’un nouveau tournant judiciaire. Une chose est sûre : cette condamnation n’a pas dit son dernier mot.

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Fatoumata Diarra

Journaliste