Cinq ans après le coup d’État d’assimi goïta, le Mali face à la crise persistante
Cinq ans après le putsch d’Assimi Goïta : le Mali entre espoirs déçus et défis sécuritaires
Le 24 mai marque cinq longues années depuis que le général Assimi Goïta a renversé les institutions maliennes. Depuis ce jour fatidique, le pays du Sahel oscille entre critiques acerbes envers les nouvelles autorités et un soutien populaire qui ne faiblit pas totalement. Retour sur un bilan contrasté.
Un régime sous le feu des critiques
Depuis son arrivée au pouvoir, Assimi Goïta et sa junte militaire font face à une avalanche de reproches. La liberté d’expression et la liberté de la presse, autrefois dynamiques, se retrouvent aujourd’hui muselées. Les voix dissidentes sont étouffées : emprisonnements, exils forcés et autocensure généralisée marquent le quotidien. Pourtant, malgré ce tableau sombre, une frange de la population continue d’appuyer le gouvernement militaire.
Sécurité : l’échec retentissant des promesses initiales
En 2020, les putschistes promettaient de mettre fin rapidement à l’insécurité liée aux groupes djihadistes. Cinq ans plus tard, la réalité est cruelle. Le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et l’État islamique au Grand Sahara contrôlent désormais des pans entiers du territoire. Bamako, autrefois épargnée, se retrouve sous la menace directe de leur expansion.
Les attaques coordonnées d’avril dernier, menées conjointement par des éléments djihadistes et des rebelles touaregs, ont révélé l’ampleur de la vulnérabilité malienne. Une offensive d’une envergure inédite depuis 2012, qui a mis en lumière l’incapacité des autorités à protéger le pays. Les mercenaires russes, arrivés en renfort, se sont illustrés par leur inefficacité et leur retrait précipité de zones stratégiques comme Kidal, laissant le Mali en première ligne face à l’ennemi.
L’Alliance des États du Sahel : une solidarité en trompe-l’œil
Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel, clament leur unité. Pourtant, les actes ne suivent pas les discours. Aucun soutien militaire concret n’a été apporté lors des dernières offensives. Ces trois pays, parmi les plus pauvres au monde, peinent à faire face à leurs propres crises djihadistes. Leur coopération reste avant tout symbolique, limitée à des déclarations politiques sans impact sur le terrain.
Entre rejet des djihadistes et lassitude des anciennes élites
Face à ce marasme, la population malienne se trouve dans une impasse. Les djihadistes, bien que redoutés, ne suscitent pas de rejet massif comme on pourrait l’imaginer. La raison ? Les alternatives sont pires. Les anciennes élites, associées à la corruption et à une dépendance historique vis-à-vis de l’Europe, ont perdu toute crédibilité. Résultat : malgré leurs défaillances, les militaires au pouvoir bénéficient encore d’un soutien populaire. Les Maliennes et Maliens semblent préférer un gouvernement imparfait à un chaos djihadiste ou à un retour des politiciens honnis.
Les réseaux sociaux, vecteurs d’information pour une jeunesse majoritairement analphabète, amplifient cette tendance. La propagande pro-gouvernementale, souvent relayée par des acteurs étrangers, façonne une opinion publique favorable à la junte. Même après des attaques d’une gravité exceptionnelle, aucune mobilisation de masse n’a été observée, preuve de la résignation ambiante.
Vers une solution négociée ?
Malgré l’absence de dialogue apparent, des pistes émergent. Les djihadistes ne cherchent pas forcément à s’emparer de Bamako ou de l’ensemble du pays. Leur objectif serait plutôt de contrôler des régions spécifiques, en échange de concessions locales. Une approche inspirée de ce qui s’est fait en Mauritanie : compromis sur des questions comme la charia ou l’interdiction de l’alcool, sans adoption intégrale du projet islamiste radical.
Une stratégie qui mêlerait pression militaire et négociations avec des factions modérées. Une perspective qui, bien que fragile, offre un espoir dans un pays où l’instabilité semble désormais la norme. Reste à savoir si les autorités maliennes, affaiblies et divisées, auront la volonté – et les moyens – de s’engager dans cette voie.
L’avenir du Mali : entre résilience et désillusion
Cinq ans après le putsch, le Mali se débat dans une crise multidimensionnelle. La sécurité, la stabilité politique et la cohesion sociale restent des mirages. Les défis sont immenses : croissance démographique galopante, changement climatique dévastateur et une économie exsangue. Dans ce contexte, la junte d’Assimi Goïta semble incapable de proposer une issue durable.
Pourtant, la population, usée par des décennies de malgouvernance et d’ingérences étrangères, n’a pas d’autre choix que de s’accrocher à ce qu’elle connaît. Même si l’espoir s’amenuise chaque jour un peu plus. Le Mali de 2025 est un pays en sursis, où l’avenir se joue entre la radicalisation islamiste et le maintien d’un pouvoir militaire contesté mais toléré. Une équation sans solution évidente à court terme.