Centrafrique : l’enlèvement de l’expert Joseph Figueira par le groupe Wagner dévoilé

Centrafrique : l’enlèvement de l’expert Joseph Figueira par le groupe Wagner dévoilé

Dans une Centrafrique minée par des tensions communautaires persistantes, l’arrivée de deux chercheurs internationaux s’est transformée en un piège tendu par des acteurs aux motivations troubles. Joseph Figueira, spécialiste reconnu des dynamiques peules, et son collègue ivoirien, mandatés par une ONG américaine dans le cadre d’un projet financé par l’Usaid, ont vu leur mission de terrain basculer dans l’arbitraire le plus total. Une scène qui illustre les méthodes opaques d’un groupe dont l’influence s’étend bien au-delà des champs de bataille traditionnels.

Un projet humanitaire sous haute surveillance

Le chercheur belgo-portugais Joseph Figueira, basé en République démocratique du Congo, avait pour mission d’évaluer les risques de conflits locaux dans la région du Haut-Mbomou, une zone en proie à des violences récurrentes. Accompagné de son confrère, il avait entamé une série de rencontres avec des acteurs locaux et internationaux pour préparer un projet de prévention des tensions. Pourtant, dès son arrivée à Zemio, une sous-préfecture isolée, les signes avant-coureurs d’une surveillance accrue étaient visibles. Les deux experts, pourtant munis de tous les documents administratifs nécessaires, ignoraient que leur présence avait déjà attiré l’attention d’une entité bien plus redoutable qu’un simple groupe armé.

L’intervention musclée des hommes de Wagner

La scène se déroule un soir de mai 2024, dans la cour d’un bar-restaurant où les deux chercheurs partageaient un moment de détente avec une cinquantaine de participants. Soudain, trois individus armés, identifiés comme membres du groupe Wagner – une milice devenue force supplétive des autorités centrafricaines depuis 2018 – font irruption, accompagnés d’un gendarme local chargé de traduire leurs ordres. Sans explication, ils se saisissent de Joseph Figueira, l’entraînant hors de la pièce sous les yeux médusés des présents. L’humanitaire, qui n’avait pas eu le temps de récupérer ses papiers dans les locaux de l’ONG où il logeait, est menotté et embarqué de force vers l’aérodrome le plus proche. Les coups portés et l’état dans lequel il est retrouvé – nez en sang, encagoulé – révèlent une opération menée en dehors de tout cadre légal, sans mandat, ni procès-verbal.

Un contexte révélateur des méthodes de Wagner

Cet incident s’inscrit dans une stratégie plus large de contrôle et d’intimidation, où les acteurs humanitaires et les chercheurs étrangers deviennent des cibles privilégiées. Les documents internes de la compagnie – un groupe de consultants en communication et influence lié à l’État russe – révèlent une campagne d’instrumentalisation systématique des acteurs locaux et internationaux. Depuis la mort d’Evgueni Prigojine en août 2023, ces méthodes ont été récupérées et amplifiées par les services de l’État russe, transformant des territoires comme la Centrafrique en terrains d’expérimentation pour des opérations de désinformation et de pression psychologique. L’enlèvement de Joseph Figueira n’est qu’un exemple parmi d’autres de cette stratégie, où les frontières entre guerre, politique et influence s’effritent dangereusement.

Alors que les jours passent et que l’absence de transparence persiste, une question reste en suspens : dans un pays où les conflits armés se doublent désormais de guerres d’influence, comment garantir la sécurité des acteurs humanitaires et des chercheurs, dont le travail est pourtant essentiel à la stabilisation de la région ?

ouagadirect