Cameroun : le fmi alerte sur les risques de la renationalisation d’eneo

Cameroun : le fmi alerte sur les risques de la renationalisation d’eneo

La reprise en main par l’État du capital d’Eneo au Cameroun préoccupe sérieusement le Fonds monétaire international. Les dernières évaluations de l’institution, dévoilées en mai 2026, soulignent les dangers immédiats que fait peser cette opération sur les finances publiques. L’État camerounais détient désormais 95 % du capital de l’ex-filiale du fonds d’investissement britannique Actis, rebaptisée Société camerounaise d’électricité (Socadel), les 5 % restants étant répartis entre les salariés. Le FMI craint que cette nationalisation ne se traduise par un alourdissement brutal des dépenses publiques dans un contexte déjà marqué par des contraintes budgétaires majeures.

Des passifs privés absorbés par un budget déjà fragile

L’analyse conduite par les équipes du FMI est sans ambiguïté : la renationalisation d’Eneo transfère vers l’État des engagements financiers jusqu’alors portés par un acteur privé. Les déséquilibres tarifaires accumulés, les dettes envers les administrations et les arriérés envers les producteurs indépendants pèsent désormais sur le Trésor public. Or, les marges de manœuvre du gouvernement camerounais restent extrêmement limitées. En parallèle d’un programme de stabilisation financière soutenu par la Facilité élargie de crédit, Yaoundé doit concilier réduction de la dette, service des obligations publiques et financement des dépenses sociales. L’ajout des besoins de trésorerie de la Socadel complique davantage cette équation. L’institution financière internationale insiste sur la nécessité d’éviter que cette entreprise ne devienne une source de dépenses récurrentes incontrôlées.

Un modèle économique fragilisé par des déséquilibres structurels

Au-delà de la question patrimoniale, c’est la pérennité économique de la Socadel qui interroge. Le FMI qualifie son modèle de structurellement non viable, en raison d’une tarification qui ne couvre pas l’ensemble des coûts de production et de distribution. Les pertes techniques et commerciales persistantes sur le réseau aggravent la situation, tandis que les compensations étatiques, lorsqu’elles interviennent, se traduisent souvent par des subventions implicites ou des arriérés qui finissent par peser sur les finances de l’État. Bien que les employés détiennent 5 % du capital, cette participation ne suffit pas à résoudre les défis financiers majeurs de l’opérateur. Le Fonds rappelle que le retrait d’Actis, effective depuis plusieurs mois, n’a pas été accompagné d’une refonte tarifaire ni d’un plan de redressement chiffré capable de rassurer les bailleurs de fonds.

Électricité : un secteur stratégique au cœur des tensions

Pourtant, le secteur électrique camerounais occupe une place centrale dans l’économie nationale. Il conditionne la compétitivité des industries locales, accompagne la montée en puissance des grands projets hydroélectriques comme Nachtigal et Memve’ele, et soutient l’objectif d’un accès universel à l’énergie, tel que défini dans la Stratégé nationale de développement 2020-2030. Une défaillance de la Socadel pourrait fragiliser l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs aux consommateurs finaux, en passant par Sonatrel, l’opérateur de transport. Pour le FMI, la priorité absolue réside dans la clarification du mandat de la Socadel, l’adoption d’une trajectoire tarifaire réaliste et l’apurement des dettes croisées entre l’État, les producteurs indépendants et le distributeur. Sans ces mesures, le risque d’un recours systématique à des garanties publiques devient préoccupant. Plusieurs missions techniques de l’institution sont d’ores et déjà prévues pour examiner la gouvernance de l’entreprise et identifier les conditions d’un retour à l’équilibre.

Un autre enjeu, essentiel pour l’attractivité du pays, concerne la perception des investisseurs. La sortie d’un acteur privé majeur du capital d’une utility africaine, suivie d’une renationalisation, interroge sur la stabilité et la prévisibilité du cadre des partenariats public-privé dans le secteur énergétique. Yaoundé devra prouver que la Socadel n’est pas une solution de court terme, mais bien le début d’une réforme en profondeur de la gouvernance énergétique nationale.

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