Bruno Fuchs prône une négociation avec le JNIM pour résoudre la crise au Mali

Bruno Fuchs prône une négociation avec le JNIM pour résoudre la crise au Mali

Le Mali au cœur des débats : Bruno Fuchs ouvre la voie à un dialogue controversé

La position de la France sur la situation au Mali prend une tournure plus claire avec les déclarations de Bruno Fuchs, président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Ce dernier, proche d’Emmanuel Macron et présent à ses côtés lors de ses déplacements, a partagé une vision audacieuse pour sortir de la crise malienne, lors d’un entretien récent.

Au-delà des discours habituels sur la réconciliation franco-africaine, Bruno Fuchs a mis en lumière une contradiction flagrante : d’un côté, l’abandon revendiqué des pratiques de la Françafrique, et de l’autre, une volonté persistante de contrer l’influence russe dans la région. Mais c’est surtout sur la question malienne que ses propos ont retenu l’attention.

Le JNIM, un acteur incontournable selon le député

Bruno Fuchs a évoqué deux scénarios pour l’avenir du Mali. Le premier mise sur une négociation avec le JNIM, groupe armé affilié à al-Qaïda. Selon lui, le JNIM serait prêt à déposer les armes à condition de participer à la vie politique du pays, sans chercher à en prendre le contrôle total. Une affirmation qui surprend, alors que le groupe a été l’ennemi juré de la France pendant des années, causant la perte de 57 soldats français au Sahel.

« La question qui se pose est : comment intégrer le JNIM dans la gouvernance malienne ? » a-t-il déclaré. Une interrogation qui révèle une approche pragmatique, mais aussi une prise de risque politique majeure. Car si le JNIM accepte de renoncer à la lutte armée, son intégration dans les institutions maliennes reste un défi de taille.

Un calendrier politique irréaliste et des scénarios flous

Bruno Fuchs a également esquissé un calendrier de transition de trois à six mois, avec des élections organisées dans ce délai. Une proposition qui semble déconnectée de la réalité du terrain, où la junte malienne, dirigée par Assimi Goïta, fait face à des pressions croissantes. Le député a même évoqué la possibilité d’un régime religieux à la mauritanienne ou d’un État fédéral inspiré du modèle nigérian, où certaines régions appliqueraient la charia tandis que d’autres resteraient laïques.

Mais c’est le deuxième scénario qui inquiète le plus : la chute de la junte et l’avènement d’un régime encore plus radical, comparable à l’Afghanistan. « Ce serait désastreux pour toute la région », a-t-il prévenu, mentionnant les risques pour le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Bénin et d’autres pays voisins.

Les Russes en négociation pour quitter le Mali ?

Autre révélation de Bruno Fuchs : les forces russes seraient en train de négocier leur retrait du Mali. « Ils replient leurs positions et discutent déjà de leur départ », a-t-il affirmé. Une déclaration qui contraste avec les déclarations officielles de Bamako, qui continue de soutenir la présence du groupe Wagner.

Le député a également souligné que les Russes pourraient revenir « moyennant des garanties sur leurs actifs, notamment les mines d’or ». Une remarque qui interroge sur la légitimité de leur exploitation, alors que Bruno Fuchs a lui-même critiqué les pratiques coloniales de la France en Afrique.

Enfin, il a comparé la situation du Mali à celle de la Centrafrique, où la France a normalisé ses relations avec le président Faustin Archange Touadéra, malgré la présence russe. « Il faut apprendre à travailler avec tout le monde, y compris avec ceux que l’on n’aime pas », a-t-il conclu, sans pour autant inclure les dirigeants de l’Alliance des États du Sahel dans cette logique.

Une position qui laisse présager que la France, malgré ses critiques affichées envers la Françafrique, continue de jouer un rôle actif dans la définition de l’avenir politique du Mali.

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