Autosuffisance céréalière au Burkina Faso : quand les chiffres mentent aux marchés

Autosuffisance céréalière au Burkina Faso : quand les chiffres mentent aux marchés

Au Burkina Faso, l’autosuffisance céréalière en question entre discours officiels et réalité des prix

Les bilans gouvernementaux du Burkina Faso clament haut et fort une autosuffisance céréalière quasi-totale. Pourtant, sur les étals des marchés de Ouagadougou, de Bobo-Dioulasso ou dans les provinces reculées, cette affirmation résonne comme une moquerie cruelle pour des milliers de foyers. Le pouvoir d’achat des Burkinabè, lui, ne suit pas. Entre un sac de maïs, de millet ou de sorgho devenu un luxe inaccessible et des repas réduits à leur portion congrue, la population vit au rythme d’une précarité alimentaire que les statistiques ne reflètent pas.

Des chiffres officiels déconnectés de la vie quotidienne

Une autosuffisance céréalière, cela ne se décrète pas dans les bureaux ministériels ni ne s’affiche dans des tableaux Excel. Elle se mesure à l’aune de la capacité des familles à nourrir leurs enfants sans se ruiner. Pourtant, les communiqués triomphants s’enchaînent, vantant des récoltes record et des stocks comblés. Mais où se trouvent ces céréales quand les prix explosent et que les rayons des boutiques se vident plus vite que prévu ?

Le consommateur burkinabè, lui, n’a que faire des pourcentages flatteurs. Il constate chaque jour l’écart entre les annonces et la réalité : un marché où le panier de la ménagère pèse de plus en plus lourd sur le budget familial. Quand le moindre repas devient un casse-tête financier, parler d’abondance relève de l’illusion, voire de la provocation.

Les prix flambent, la méfiance aussi

Comment expliquer que des récoltes annoncées comme exceptionnelles coïncident avec une hausse vertigineuse des prix des céréales ? Cette contradiction flagrante révèle un dysfonctionnement profond. Les circuits de distribution, souvent chaotiques, laissent libre cours à la spéculation. Les zones de production, parfois isolées, peinent à acheminer leurs stocks vers les grands centres urbains. Et l’inflation, elle, ne fait pas de cadeaux. Résultat : des chiffres d’autosuffisance qui sonnent creux, car ils ignorent délibérément les obstacles concrets qui rendent ces céréales inabordables.

Un sac de maïs ou de sorgho à prix d’or n’est pas synonyme d’abondance. C’est l’aveu déguisé d’un système qui a échoué à garantir l’accès à une alimentation saine et accessible pour tous. Pour les Burkinabè, la question n’est plus de savoir si le pays produit assez, mais bien si chacun peut en bénéficier sans sacrifier le reste de ses dépenses.

La population, seul juge de la crédibilité des politiques agricoles

Les discours enivrants sur l’autosuffisance ne nourrissent personne. Ils ne font que creuser le fossé entre l’État et ses citoyens. Tant que les ménages devront arbitrer entre acheter des céréales ou payer les frais de scolarité de leurs enfants, les bilans officiels resteront lettre morte. Il est urgent de changer de cap : plutôt que de vanter des performances théoriques, l’accent doit être mis sur des mesures concrètes.

Réguler les prix, soutenir le pouvoir d’achat, sécuriser les approvisionnements dans les zones rurales… Voici les défis qui attendent les décideurs. Car une politique agricole ne se juge pas à la hauteur des ambitions affichées, mais à l’aune du soulagement qu’elle apporte aux familles. Et pour l’instant, le Burkina Faso a clairement un problème de perception… et de réalité.

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