Auguste Miremont : la Côte d’Ivoire à travers le prisme d’un ancien ministre

Auguste Miremont : la Côte d’Ivoire à travers le prisme d’un ancien ministre

Auguste Miremont : la Côte d’Ivoire à travers le prisme d’un ancien ministre

Auguste Miremont

À 85 ans, Auguste Miremont incarne une page majeure de l’histoire politique et médiatique de la Côte d’Ivoire. Premier ministre de la Communication (anciennement ministère de l’Information) entre 1989 et 1993, puis directeur général du journal Fraternité Matin, cet homme d’État et des médias a marqué son époque par son franc-parler et son engagement sans faille. Récemment, un ouvrage intitulé « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… » retrace son parcours exceptionnel, offrant un éclairage unique sur les défis et les tournants de la nation ivoirienne.

Dans cet entretien exclusif, Auguste Miremont se confie sur son cheminement, ses rapports avec les dirigeants ivoiriens et son analyse perspicace de l’héritage politique laissé par Félix Houphouët-Boigny.

Un témoignage historique pour les générations futures

L’idée de rédiger un livre sur sa vie n’a pas été immédiate. « J’ai longtemps résisté à cette idée », confie-t-il. Ce projet, porté par l’auteur Michel Koffi, a nécessité près de 30 heures d’échanges et 18 mois de travail. Mais au-delà de l’exercice personnel, Auguste Miremont y voit une mission : transmettre l’histoire de la Côte d’Ivoire moderne à travers son propre vécu.

« Autour de moi, beaucoup m’ont encouragé à raconter ces années », explique-t-il. Des proches, comme le corps préfectoral lors d’une cérémonie officielle, jusqu’à ses concitoyens, tous ont insisté sur l’importance de laisser une trace écrite. « On ne peut avoir traversé autant d’étapes de l’histoire de notre pays sans laisser une trace », souligne-t-il.

Le titre du livre, « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… », reflète cette volonté de liberté de ton et de sincérité. Les entretiens, bien que longs, ont été menés dans un climat de confiance et de complicité, grâce à une relation professionnelle et humaine solide avec l’auteur.

Houphouët-Boigny : un modèle de gestion politique

Auguste Miremont a connu de près Félix Houphouët-Boigny, dont il fut le ministre de la Communication et le responsable du journal présidentiel. « Il avait un génie politique rare », estime-t-il. « Sa force résidait dans sa capacité à écouter, temporiser et agir au bon moment. »

Malgré les crises et les tensions sociales de l’époque, Houphouët-Boigny a su préserver la stabilité du pays, faisant de la Côte d’Ivoire un modèle en Afrique de l’Ouest. « Nous étions regardés comme un pays stable, respecté, capable d’aider les autres », se souvient-il. « Puis, tout s’est fissuré brutalement. »

L’ancien ministre évoque avec émotion les moments douloureux, comme le coup d’État de 1999 contre Henri Konan Bédié ou les violences qui ont suivi. « Voir le pays basculer ainsi m’a profondément affecté », admet-il. « La Côte d’Ivoire d’Houphouët-Boigny s’effondrait, et avec elle, l’image d’un pays uni et influent. »

Alassane Ouattara : l’élève le plus assidu d’Houphouët-Boigny

Interrogé sur la comparaison entre les dirigeants ivoiriens, Auguste Miremont reconnaît la difficulté de hiérarchiser leurs approches. Cependant, il accorde à Alassane Ouattara le mérite d’avoir « le plus appris » du premier président ivoirien. « Il a intégré l’écoute, la patience et cette capacité à réagir à temps », analyse-t-il.

Un changement notable dans la gouvernance d’Alassane Ouattara, selon lui, réside dans son attitude plus mesurée et moins ferme envers ses collaborateurs qu’à l’époque où il était Premier ministre. « Il ne nous faisait aucun cadeau dès la moindre erreur », se souvient-il. « Aujourd’hui, il est plus clément, probablement en raison de l’expérience et de l’âge. »

Auguste Miremont garde une profonde admiration pour le Premier ministre qu’Alassane Ouattara fut. « J’ai toujours eu avec lui des rapports de confiance, de fidélité et de loyauté », confie-t-il. « Il a fait preuve d’un courage exceptionnel face aux défis économiques et sociaux de la Côte d’Ivoire. »

Les réalisations et les défis de l’ère Ouattara

À l’approche de la fin de son mandat, Auguste Miremont souligne les avancées significatives réalisées sous la présidence d’Alassane Ouattara. « Les hôpitaux, les universités, les routes… Les réalisations sont impressionnantes, même dans les régions intérieures comme Daloa ou Bin-Houyé », observe-t-il.

Pourtant, il ne cache pas les défis persistants. « La vie est chère, et la pauvreté touche encore une partie de la population », reconnaît-il. « Mais le gouvernement a mis en place des filets sociaux et des programmes de formation pour atténuer ces inégalités. » Il cite notamment les Écoles de la deuxième chance ou les bourses d’apprentissage offertes aux jeunes dans sa région.

« Le gouvernement fait tout pour compenser la dureté de la vie », conclut-il. « Ces efforts sont appréciables et montrent une volonté de corriger les déséquilibres. »

Un héritage à préserver

Auguste Miremont, témoin privilégié de l’histoire ivoirienne, reste optimiste quant à l’avenir de son pays. « La Côte d’Ivoire a connu des périodes sombres, mais elle a toujours su se relever », rappelle-t-il. « Aujourd’hui, elle affiche une dynamique réelle, et il est essentiel de préserver cet élan. »

Son livre, « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… », n’est pas seulement un récit personnel. C’est un appel à l’unité, à la solidarité et à la prospérité, des valeurs chères à Houphouët-Boigny et qu’il souhaite voir perdurer.

ouagadirect