Au Mali, le discours d’Assimi Goïta et ses conséquences bien réelles sur le quotidien des citoyens

Au Mali, le discours d’Assimi Goïta et ses conséquences bien réelles sur le quotidien des citoyens
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Au Mali, le discours à la Nation du président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, prononcé à l’occasion de la fête d’indépendance, se voulait triomphant. Mais les répercussions de cette communication se lisent d’abord dans le quotidien des citoyens : des prix qui grimpent, des coupures d’électricité à répétition, une insécurité qui gagne du terrain et un espace de parole qui se rétrécit. En confrontant les annonces officielles aux réalités du terrain, les écarts apparaissent profonds, et leurs conséquences pèsent directement sur les Maliens.

Sécurité : les conséquences concrètes d’une « montée en puissance » revendiquée

L’adresse présidentielle décrit des Forces armées maliennes (FAMa) « réorganisées, équipées et victorieuses », engagées aux côtés de leurs partenaires de l’Alliance des États du Sahel (AES). Sur le terrain, la traduction de ce récit se révèle tout autre pour les habitants.

Des axes vitaux et des zones rurales toujours exposés

Le discours fait l’impasse sur la dégradation sécuritaire du centre et du nord. Les offensives de grande ampleur attribuées au JNIM ou aux groupes indépendantistes — de l’échec stratégique subi à Tinzawatène aux assauts contre des garnisons majeures comme Dioura et Sévaré — montrent que l’armée parvient difficilement à sécuriser les routes essentielles et à protéger les populations rurales. Pour les éleveurs, les commerçants et les villages isolés, la conséquence est immédiate : déplacements entravés, marchés désertés, accès aux services de base compromis.

Une autonomie affichée, une dépendance qui s’alourdit

Alors que l’allocution vante une « autonomie retrouvée », l’appui opérationnel du contingent paramilitaire russe Africa Corps, anciennement Wagner, s’est renforcé. Ce choix se paie par de lourdes concessions financières et minières, au détriment de la construction d’une véritable armée républicaine — et donc, à terme, de la sécurité des citoyens eux-mêmes.

Pouvoir d’achat et électricité : le choc pour les ménages et les petites entreprises

Le volet économique du discours met en avant une croissance supérieure à 5 % ou 6 %, portée par la mobilisation des ressources internes et les retombées des réformes du code minier. Pour la majorité des foyers, à Bamako comme en province, l’effet ressenti est inverse.

Une inflation qui étouffe les budgets familiaux

La théorie macroéconomique ne masque plus la flambée des prix des produits de première nécessité — riz, huile, sucre — ni celle du carburant. Chaque hausse se traduit par des arbitrages douloureux : moins de repas, moins de soins, moins de scolarité.

Délestages en série : l’économie informelle en première ligne

Si l’allocution évoque une « amélioration de la desserte en électricité », les coupures récurrentes de la société nationale EDM-SA continuent de rythmer la journée des ménages et des PME. Ateliers, commerces et unités de production locale tournent au ralenti, avec des pertes de revenus et d’emplois à la clé.

Des retombées minières aux effets incertains

La redistribution des fonds miniers mise en avant par les autorités contraste avec l’affectation massive des recettes publiques et des licences d’exploitation au règlement des factures du partenaire paramilitaire étranger. Pour les communautés vivant près des sites, la promesse d’un dividende minier partagé reste, en grande partie, lettre morte.

Réconciliation proclamée, espace civique verrouillé : l’effet sur la vie politique

Le président de la Transition a réitéré son appel à la « réconciliation » et à la « cohésion nationale » dans le cadre de la Charte pour la paix.

Un appel au rassemblement dans un climat de musellement

Cet appel intervient alors que les voix critiques sont étroitement contenues. Acteurs politiques, journalistes, défenseurs des droits humains et figures de la société civile font l’objet de poursuites, de détentions ou d’intimidations dès qu’ils interrogent la gestion de la Transition. La conséquence est un appauvrissement du débat public et une perte de confiance dans les institutions.

La rupture avec les acteurs du Nord et ses effets durables

La dénonciation unilatérale des accords de paix antérieurs et l’option du tout-militaire ont enterré les mécanismes de médiation inclusive. Le dialogue cède la place à un enlisement belliqueux, dont le coût humain et économique retombe sur les populations des régions concernées.

Entre les salons du Koulouba et les provinces, un écart qui se creuse

En privilégiant la communication politique à l’épreuve des faits, le discours officiel peine à dissimuler les fissures d’un modèle de gouvernance sous tension. De l’autosatisfaction affichée au Koulouba à l’insécurité qui pèse sur les provinces, le fossé continue de s’élargir entre les promesses du « Malikura » et le vécu quotidien du peuple malien.

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Fatoumata Diarra

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