Au Burkina Faso, l’ombre d’une interdiction plane sur l’ex-Premier ministre Kyélem de Tambèla
L’ancien chef du gouvernement burkinabè, Apollinaire Kyélem de Tambèla, se voit désormais refuser le droit de quitter le territoire national. La décision émane des plus hautes autorités, dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré. Un nouvel épisode qui illustre le tour de vis croissant du pouvoir de transition à l’égard de certaines figures politiques et publiques.
Un ancien Premier ministre cloué au sol
Nommé à la tête du gouvernement en octobre 2022 par Ibrahim Traoré lui-même, Kyélem de Tambèla a conduit l’action gouvernementale jusqu’en décembre 2024. Depuis son départ, il n’occupe plus aucune fonction officielle. Pourtant, les autorités ont jugé bon de restreindre ses déplacements, une mesure qui soulève une interrogation de taille : qu’est-ce qui justifie aujourd’hui une telle décision à l’encontre d’un homme qui a quitté le pouvoir ?
Libertés publiques : un test grandeur nature
Au-delà du cas individuel de l’ancien Premier ministre, c’est la question des libertés publiques au Burkina Faso qui se trouve posée. Interdire à une personnalité ayant occupé les plus hautes responsabilités de l’État de franchir les frontières n’est pas un acte anodin. Une telle mesure exige, en principe, une justification claire et transparente. Or, pour l’heure, les raisons précises de cette interdiction n’ont pas été rendues publiques.
Le poids d’un contexte sécuritaire lourd
La décision prend un relief particulier dans le contexte actuel. Depuis l’arrivée d’Ibrahim Traoré au pouvoir, les autorités justifient régulièrement des mesures d’exception par la lutte contre le terrorisme, la défense de la souveraineté nationale et la nécessité de contrer d’éventuelles tentatives de déstabilisation. Kyélem de Tambèla lui-même, lorsqu’il était à la primature, avait publiquement évoqué l’existence de plusieurs projets visant à renverser le pouvoir de transition.
Mais l’argument sécuritaire, aussi prégnant soit-il, ne lève pas toutes les zones d’ombre. Une restriction de liberté doit-elle être limitée dans le temps ? Sur quelle base juridique précise repose-t-elle ? Qui en a pris l’initiative ? Et surtout, quels sont les griefs ou les motifs exacts retenus contre l’ancien chef du gouvernement ?
Un cadre légal à géométrie variable
La législation burkinabè encadre les conditions de sortie du territoire national. La question centrale est donc de savoir dans quel cadre juridique exact la mesure visant Kyélem de Tambèla a été adoptée. Ce flou entretient les interrogations sur la nature et la portée de la décision.
Un précédent qui interpelle
Cette affaire dépasse désormais le seul parcours de l’ancien Premier ministre. Elle pose une question plus vaste sur la nature du pouvoir de transition : jusqu’où peut-il aller au nom de la sécurité nationale sans fragiliser davantage les libertés individuelles ?
Pour Ibrahim Traoré, cette décision risque surtout d’alimenter le débat sur le rétrécissement de l’espace politique au Burkina Faso. Car empêcher une ancienne personnalité gouvernementale de quitter le pays n’est jamais un acte politiquement neutre.
À Ouagadougou, le cas Kyélem de Tambèla pourrait bien devenir un nouveau révélateur des rapports complexes entre sécurité, contrôle politique et libertés publiques sous la transition militaire.