Alliance inattendue entre djihadistes et séparatistes au Mali : un nouveau défi pour la junte militaire
alliance inattendue entre djihadistes et séparatistes au Mali : un nouveau défi pour la junte militaire

Les attaques coordonnées menées ce week-end par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et les rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont semé le chaos dans plusieurs villes maliennes, de Bamako à Kidal. Cette synergie inédite entre deux groupes aux idéologies opposées révèle une stratégie commune visant à déstabiliser la junte militaire au pouvoir.
Cette alliance, bien que surprenante, marque un tournant dans le conflit malien. Longtemps rivaux, le JNIM affilié à Al-Qaïda et le FLA indépendantiste ont uni leurs forces pour cibler un ennemi commun. Cette convergence tactique pourrait bouleverser l’équilibre des pouvoirs au Sahel, où les lignes de fracture traditionnelles s’effacent au profit de coalitions opportunistes.
Les conséquences de ces attaques dépassent le cadre militaire. Elles fragilisent la cohésion interne du pouvoir à Bamako et accentuent les tensions avec les partenaires internationaux du Mali, notamment la Russie et les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). La question d’un isolement stratégique du régime se pose désormais avec acuité.
des objectifs stratégiques complémentaires
Le JNIM, coalition djihadiste affiliée à Al-Qaïda, vise l’instauration d’un ordre islamique transnational. Ses méthodes reposent sur la guérilla, les attentats et la terreur pour affaiblir les États. À l’inverse, le FLA, mouvement séparatiste touareg, revendique l’indépendance ou l’autonomie de l’Azawad, s’appuyant sur une légitimité communautaire et historique.
Historiquement, ces deux acteurs étaient en opposition. Le FLA se méfiait de l’agenda transnational du jihadisme, tandis que le JNIM considérait les séparatistes comme des concurrents pour le contrôle territorial. Leur alliance repose donc sur une complémentarité tactique : le FLA apporte une connaissance fine du terrain et des réseaux communautaires, tandis que le JNIM fournit une puissance de feu et une logistique transnationale.
Malgré leurs divergences idéologiques, les deux groupes coopèrent pour affaiblir l’État malien et semer le doute au cœur du pouvoir politique et militaire. Cette coopération contre-nature rappelle une configuration observée au début des années 2010, lorsque le MNLA s’était allié à des groupes terroristes pour chasser les forces maliennes du nord du pays.

une fragilité du pouvoir malien
Les attaques récentes ont révélé une vulnérabilité alarmante de la junte militaire. La mort de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure influente de l’armée, lors d’une attaque ciblée à Kati, illustre l’étendue des failles sécuritaires. Les assaillants ont pu atteindre son domicile sans que les services de renseignement ne s’en aperçoivent, révélant une faille majeure dans le dispositif de sécurité.
Pour les analystes, cette situation est sans précédent. Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center, souligne que l’objectif de l’alliance avec le FLA est clair : « attaquer, affaiblir, peut-être même se débarrasser de la junte militaire. » La mort de Sadio Camara est décrite comme une catastrophe pour le régime, non seulement en raison de la perte humaine, mais aussi parce qu’elle fragilise l’ensemble de la chaîne de commandement.
Le Premier ministre malien a reconnu la nécessité d’adapter le dispositif sécuritaire face à l’asymétrie des attaques terroristes. Il a promis un renforcement des mesures de sécurité et la mise en œuvre de correctifs nécessaires pour une meilleure protection des institutions.
un risque d’isolement régional
Le Mali traverse une période diplomatique complexe. En rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, le pays s’appuie sur la Russie et ses alliés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cependant, cette stratégie pourrait s’avérer insuffisante face à l’intensification des attaques.
Les analystes craignent un effet domino dans toute la sous-région. La propagation des groupes djihadistes avait déjà montré l’interconnexion des crises au Sahel. Aujourd’hui, l’alliance entre le FLA et le JNIM pourrait aggraver la situation, rendant indispensable une réponse collective.
Alioune Tine insiste sur l’urgence d’une stratégie régionale : « la priorité absolue est désormais d’élaborer rapidement une stratégie régionale : une géopolitique et une défense communes. Car seule une réponse collective peut nous sauver. » Il appelle la CEDEAO et l’AES à organiser un sommet extraordinaire pour discuter de la sécurité sous-régionale et de la nécessité de dépasser les égoïsmes nationaux au profit d’une souveraineté sécuritaire partagée.