Afrique : pourquoi l’élection d’auteurs de coups d’État reste un scandale démocratique

Afrique : pourquoi l’élection d’auteurs de coups d’État reste un scandale démocratique

Pourquoi l’élection d’auteurs de coups d’État divise-t-elle l’Afrique ?

Paul-Simon Handy, directeur régional de l'Institut d'études de sécurité (ISS) pour l'Afrique de l'Est

Le sommet de l’Union africaine (UA) a récemment réaffirmé sa volonté de « faire taire les armes » et de sanctionner les changements de pouvoir anticonstitutionnels. Pourtant, des figures issues de coups d’État accèdent encore au pouvoir par la voie des urnes. Une contradiction qui interroge. Le chercheur camerounais Paul-Simon Handy, directeur régional de l’Institut d’études de sécurité (ISS) pour l’Afrique de l’Est, a partagé son analyse lors d’un entretien exclusif à Addis-Abeba.

Lors du dernier sommet de l’Union africaine, les dirigeants africains ont adopté une posture ferme contre les coups d’État et les prises de pouvoir anticonstitutionnelles. L’objectif affiché ? Mettre fin à une décennie marquée par des renversements militaires en Afrique de l’Ouest, au Sahel et ailleurs sur le continent.

Pourtant, une question persiste : comment expliquer que des acteurs ayant orchestré des changements de régime par la force parviennent ensuite à se faire élire démocratiquement ? Cette pratique, de plus en plus fréquente, soulève des débats houleux au sein des instances panafricaines.

L’élection des putschistes : une menace pour la démocratie africaine ?

Pour Paul-Simon Handy, cette tendance révèle une faille majeure dans les mécanismes de contrôle politique en Afrique. « Il n’est pas acceptable que des auteurs de coups d’État soient élus démocratiquement », souligne-t-il. Selon lui, cette situation normalise les prises de pouvoir par la force et affaiblit les institutions démocratiques déjà fragiles sur le continent.

Lors de l’entretien, le chercheur a pointé du doigt les pressions internationales et les compromis politiques qui poussent certains pays à accepter ces transitions électorales controversées. « L’Afrique doit montrer l’exemple », insiste-t-il, en rappelant que la crédibilité de l’UA dépend de sa capacité à sanctionner ces pratiques.

Les sanctions de l’UA : une volonté réelle ou un simple effet d’annonce ?

Depuis plusieurs années, l’Union africaine a instauré des sanctions contre les juntes militaires ayant renversé des gouvernements élus. Pourtant, des exceptions persistent lorsque ces mêmes juntes organisent des élections et obtiennent une légitimité relative.

Paul-Simon Handy met en garde : « Si l’UA ne durcit pas ses positions, elle risque de perdre toute crédibilité face aux citoyens africains et à la communauté internationale. » Il rappelle que la charte africaine de la démocratie interdit clairement ces pratiques, mais que son application reste inégale.

Quelles solutions pour l’Afrique ?

Pour sortir de cette impasse, le chercheur propose plusieurs pistes :

  • Renforcer les mécanismes de prévention des coups d’État, notamment en améliorant la gouvernance et en luttant contre la corruption.
  • Imposer des sanctions systématiques aux juntes qui tentent de légitimer leur pouvoir par des élections truquées ou non inclusives.
  • Soutenir les initiatives citoyennes et les médias indépendants pour renforcer la transparence politique.

« L’Afrique a besoin de leaders qui respectent les règles du jeu démocratique, pas de ceux qui les violent pour arriver au pouvoir », martèle-t-il.

Alors que le continent fait face à des défis sécuritaires et économiques majeurs, la question de la légitimité des gouvernements devient cruciale. L’élection d’anciens putschistes pourrait-elle être le signe d’une démocratie en recul ou simplement une stratégie de contournement des normes internationales ?

ouagadirect