Africa corps : la milice russe qui étend son emprise au Mali et au Sahel
Que cache la montée en puissance d’Africa Corps, la nouvelle milice russe en Afrique ?
Africa Corps, cette entité paramilitaire souvent qualifiée de l’ombre de Moscou en Afrique, vient de subir un revers stratégique au Mali. Dans la nuit du 25 au 26 avril, des groupes armés alliés à la rébellion touarègue ont repris le contrôle de Kidal, bastion jusqu’alors verrouillé par cette milice depuis plusieurs années. Un épisode qui illustre à la fois la fragilité de sa position et sa persistance comme acteur clé du jeu géopolitique régional.
Des origines troubles et une stratégie d’influence
Officiellement lancée en novembre 2023, Africa Corps s’inscrit dans la continuité directe du groupe Wagner, dont les activités se sont progressivement effritées après la mort de ses fondateurs, Evgueni Prigojine et Dmitri Outkine, dans un accident aérien en août 2023. Contrairement à son prédécesseur, connu pour ses méthodes brutales et ses exactions, cette nouvelle structure se veut plus discrète mais tout aussi déterminée à servir les intérêts du Kremlin.
Selon des déclarations relayées par le blogueur militaire Deux Majors, Africa Corps serait directement placée sous l’autorité du vice-ministre russe de la Défense, Iounous-bek Evkourov. Son objectif affiché ? « Libérer l’Afrique de la dépendance néocoloniale et chasser toute présence occidentale », comme l’a souligné Igor Korotchenko, ancien colonel et figure médiatique proche du pouvoir russe.
Un nom chargé d’histoire et de symboles
Le choix du nom Africa Corps n’est pas anodin. Il fait directement référence à la Deutsches Afrikakorps, une unité militaire allemande de la Seconde Guerre mondiale déployée en Afrique du Nord. Une provocation calculée, voire une tentative de réhabilitation historique pour Moscou, alors que le groupe Wagner devait son appellation à un compositeur allemand, Richard Wagner, lui-même adulé par Adolf Hitler.
Une influence qui dépasse les frontières maliennes
Si le Mali reste son principal théâtre d’opérations, Africa Corps étend désormais sa toile vers d’autres pays du Sahel. Le Burkina Faso, la Libye, le Soudan, la République centrafricaine et le Niger voient progressivement ses effectifs s’installer, souvent en collaboration avec des gouvernements locaux alliés à Moscou. Contrairement à Wagner, accusé à maintes reprises de violations des droits humains, Africa Corps mise sur une approche plus diplomatique : fourniture de matériel militaire, entraînement de troupes locales et soutien logistique en échange d’une influence politique accrue.
Un jeu d’équilibriste au Mali
Depuis 2024, Africa Corps a pris le relais de Wagner au Mali, déployant des centaines — voire des milliers — de mercenaires pour soutenir la junte militaire de Bamako. Cette intervention se justifie officiellement par la lutte contre les groupes djihadistes et les rebelles touaregs, mais elle sert aussi les ambitions stratégiques de la Russie : sécuriser des corridors migratoires, accéder à des ressources minières stratégiques et marginaliser l’influence française et occidentale dans la région.
Pourtant, la récente perte de Kidal montre que le contrôle d’Africa Corps n’est pas absolu. Les affrontements et les négociations qui ont suivi ont forcé la milice à battre en retraite, mais cela ne signifie pas un retrait total. Moscou continue de voir dans Africa Corps un levier essentiel pour maintenir son ancrage en Afrique de l’Ouest.
Sanctions et controverses
Malgré sa stratégie plus discrète, Africa Corps n’échappe pas aux critiques internationales. En 2024, le Royaume-Uni a pointé du doigt ses « violations généralisées des droits humains » et son rôle dans « l’exploitation illégale des ressources naturelles » pour financer ses opérations. Des accusations qui rappellent celles adressées à Wagner, mais avec une dimension plus « institutionnelle », reflétant son lien direct avec l’État russe.
Que réserve l’avenir pour Africa Corps ?
Alors que le Sahel reste un terrain miné de tensions géopolitiques, Africa Corps pourrait jouer un rôle encore plus central dans les années à venir. Son modèle, à la fois plus structuré et moins médiatisé, lui permet de se présenter comme une alternative crédible aux puissances occidentales, tout en renforçant l’emprise de Moscou sur le continent africain. Une chose est sûre : tant que les juntes militaires au pouvoir dans la région auront besoin de soutien extérieur, Africa Corps sera là pour remplir ce rôle — quitte à devoir composer avec les revers militaires et les pressions internationales.